CHAPITRE IV
connaissions pas notre Dieu, si nous ne sentions pas ses consolations, si nous n'embrassions pas sa radieuse espérance, si nous ne trouvions pas nos délices dans l'étude de sa vérité et de sa sainte parole, qu'est-ce que nous deviendrions ?
« Le commandant dit que toutes les religions sont bonnes , et qu'ainsi il est bon que chacun en ait une et qu'il s'y tienne. « Cependant, a-t-il ajouté, la vôtre n'est pas si bonne que la mienne. Faire aux autres ce que nous voudrions qu'il nous fissent, voilà toute la religion; tout est là. — « Dites -moi, cher commandant, regardez-vous cette parole comme un précepte qui nous a été donné, ou seulement comme une sage maxime? — Je la regarde comme un précepte, Signora. — Eh bien ! Signer capitano, Celui qui a fait un précepte pour nous de cette maxime qui vous semble si sage, nous a ordonné aussi, et en premier lieu, d'aimer le Seigneur notre Dieu de toute notre âme. Est-ce que vous ne lui donnerez pas le premier rang, à ce préceptelà, Capitano? — Ah! Signora, il est excellent, mais il y a tant de clioses... » — Pauvre capitano, à l'âge de soixante ans, trouver qa'il y a tant de choses qui mettent obstacle au don de son âme à Dieu!... — Ma chère petite Anna, là, près de moi, elle n'est encore qu'une
enfant, mais plus savante que ce vieillard! —
L'enfant mourra à Vâge de cent ans ; et le pécheur âgé de cent ans sera... perdu ' /
Mardi 29 novembre.
« La nuit dernière, j'ai été obligée de me mettre au lit à dix heures, pour me réchauffer dans les bras de la petite Anna. Ce matin , je me suis réveillée comme la lune brillait encore, juste en face de la fenêtre ; mais je n'ai pu jouir de sa clarté : l'écume de la m.er rend les carreaux toujours obscurs. — Restée au lit avec ma petite Anna, à lui expliquer notre Te Deum, jusqu'à neuf heures. — Elle m'a dit : « Il y a une chose qui me trouble, maman : Notre- Seigneur a dit que ceux qui veulent régner avec lui doivent souffrir avec lui. Moi, si je mourais maintenant, où donc irais-je? Je n'ai pas encore souffert. » — Elle tousse beaucoup, et elle sent une douleur trèsvive à la poitrine. — Elle m'a dit : « Quand je me sens cette douleur, je pense quelquefois que Dieu m'appellera bientôt à lui, et me retirera de ce monde, où je ne cesse de l'offenser ; et je me dis que cela me serait bien bon, si Dieu m'envoyait une maladie, parce que je
1 Isaïe, ch. lxv, v. 2.