‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 52 sur 225 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

cette foi, qui est son unique ressource. C'est en notre Rédempteur qu'il nous faut chercher notre appui à tous les moments de notre vie ; mais si notre âme est au moment de son départ, oh! c'est alors qu'il faut nous suspendre à lui par une étreinte encore plus forte ; que deviendrions-nous sans lui? — Cher William, ce n'est pas un sentiment de terreur qui vous pousse vers votre Dieu. Vous désiriez le servir, vous y faisiez tous vos efforts , longtemps avant que cette épreuve ne fût venue. Pourquoi donc ne pas voir en lui un père qui connaît les divers besoins et les pensées de ses enfants, et qui reçoit dans sa bonté tous ceux qui viennent à lui, par la voie qu'il leur a choisie ! Vous dites que votre unique espérance est dans le Christ : eh ! de quelle autre espérance avons-nous besoin ?

« Nous avons eu la visite du second de notre vaisseau , envoyé par le capitaine O'Brien. J'ai été pour lui parler de l'autre côté de la grille ; il avait avec lui un des matelots qui , lorsque nous étions à bord , paraissait nous aimer comnie sa vraie ûtne, toujours en mouvement pour nous servir, et ne sachant qu'imaginer pour nous être agréable. Pauvre Charles ! il est devenu tout pâle lorsqu'il a vu ma figure à travers les barreaux de fer. « Eh quoi ! madame Seton , êtes-vous en prison ?» — Tout

le long du chemin, en s'en retournant, il a regardé en arrière; il faisait signe de la tête à Anna, tant qu'il a pu l'apercevoir. Charles a été en quarantaine à Staten-Island ; rien que cela aurait sufti pour me le faire aimer % sans parler de son bon cœur. Je n'entendrai jamais le cr-i des matelots, yo, ijo, sans penser à l'accent mélancoli([ue de Charles. Il est le favori du capitaine O'Brien et de tout le monde.

« Que mon maître adorable est bon de donner une expression de compassion et de douceur, même au regard d'un étranger ! Depuis le jour où nous sommes arrivés ici, j'ai remarqué un des gardiens de notre chambre, qui a toujours un air de tristesse et de sympathie quand il nous regarde. Je necomprends pas ce qu'il dit, et il ne m'entend pas non plus ; cependant nous nous parlons beaucoup, et même très- vite. Hier, en me montrant sa poitrine et son gosier, il m'a fait entendre qu'il était malade. Quand le commandant est venu, je lui ai dit que j'étais bien triste pour ce pauvre Filippo. « Ah 1 Signora, il n'est pas à plaindre : voici deux ans qu'il s'est marié à une belle jeune femme de seize ans ; il a deux enfants , et il reçoit par jour trois sols et six deniers. Il est vrai qu'il est obligé de passer les nuits

1 En souvenir de M. Bayley.

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