‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 54 sur 225 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

prit s'est emparé de moi, comme en ces courts instants où il semble qu'on oublie son corps. « Un jour, dans l'année 1789, pendant que mon père était en Angleterre, par une belle matinée de mai, le cœur léger et joyeux, je sautai dans un chariot qui allait au bois chercher des branchages. Joe, qui avait conduit, se mit à couper son bois; et moi, je m'enfonçai sous les arbres. Je trouvai bientôt un sentier qui menait à une prairie. Là , il y avait un châtaignier, entouré de jeune plant sous lequel je pensais trouver une jolie place pour m'asseoir. C'était, en effet, un lit charmant : une mousse épaisse et verte, de l'ombre sous un arbre, et un chaud soleil. Sur ma tète, la voûte du ciel d'un bleu d'azur ; autour de moi, toutes les rumeurs du printemps, tout allégresse et mélodie; et ces douces fleurs, les clochettes des bois, et tous ces bouquets sauvages que j'avais cueillis en chemin. J'étais là, un cœur aussi innocent que jamais cœur d'enfant ait pu l'être, me remplissant d'amour pour Dieu et d'admiration pour ses œuvres. Même à présent, je crois éprouver les vives impressions que mon âme ressentit alors. Il me vint à la pensée que mon père , qui était si loin à ce moment, ne pouvait pas prendre soin de moi, mais que Dieu était mon père, mon tout. Je priai, je chantai des hymnes.

je m'écriai à travers le bois; je riais et me parlais à moi seule, admirant la bonté de Celui qui m'élevait ainsi au-dessus de moimême et de tout chagrin. Puis je m'assis de nouveau pour goûter cette paix céleste. Je suis persuadée qu'une heure de jouissance pareille fait avancer de dix ans dans la vie spiBituelle. Quand j'eus retrouvé Joe, je lui dis de s'en retourner à la maison avec son bois, sans se mettre en peine de moi; et je m'en allai, en faisant un détour d'un mille, pour voir le toit du presbytère. Là je priai encore de tout mon cœur ; puis je revins à la maison, en chantant tout le reste du chemin. « Tout cela s'est vivement représenté à mon esprit ce matin, tandis que le corps avait laissé l'âme toute seule, comme je vous le disais. L'instant d'avant, j'avais prié et pleuré de tout mon cœur, ce qui ne cesse pas d'être ma consolation. Les yeux fermés, la tête appuyée sur ma table , j'ai senti tout à fait comme si de nouveau j'avais vécu dans ces douces heures ; j'étais là, sous le châtaignier, avec cette même paix du cœur, cette entière confiance en Dieu, cette espérance en lui. Le temps s'évanouira des hivers et de la tempête, pour faire place à un printemps sans nuage. Ainsi, vous le voyez, et vous le saviez déjà, que lorsqu'on a Dieu pour partage, il n'y a plus de prison, plus

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