‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 67 sur 225 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

à Livourne. Carleton et notre vieux Luigi sont restés pour veiller à tout.

« Mon cher William a été emmené dans l'après-midi, et déposé dans une maison des- ^ tinée aux morts dans le cimelière protestant. Hélas ! hélas! quelle journée!... lui fermer les yeux, retendre dans son linceul!... Partir... Voyager toute la journée... Être obligée de recevoir une douzaine de personnes dans ma chambre avant la nuit ; et. la nuit venue, commencer à avoir conscience de ma situation, età me sentir écrasée sous ce fardeau! 0 mon Père et mon Dieu!

« Le lendemain matin, à onze heures, tous les Anglais et les Américains présents à Livourne se sont réunis à la chapelle, dans le cimetière; et puis, tout a été fini... Au milieu de tout ceci, il n'est pas besoin que j'insiste pour dire la miséricorde et la consolante présence de mon Dieu. On comprend assez qu'aucune force humaine n'aurait pu supporter ce que j'ai éprouvé... Mon William me demandait souvent si j'étais sûre qu'il lui serait pardonné. Je m'efforçais toujours de le persuader qu'avec une âme aussi sincère que la sienne, aussi soumise à la volonté de Dieu, aussi constante à l'heure de l'épreuve, ce serait coupable à lui de douter un instant qu'il ne fût reçu au ciel , par les mérites de son Rédempteur. La

nuit qui précéda sa mort, j'avais prié pour lui avec ferveur, demandant que ses péchés fussent effacés et que son pardon fût ratifié au ciel. Ma prière finie, j'étais restée à la même place, sur mes genoux, la tète appuyée contre ma chaise. Sans être tout à fait ni éveillée ni endormie, je perdis conscience de moi-même. Au milieu de ce demi-sommeil , il me sembla que je voyais un ange à côté de moi. Il tenait une plume dans une de ses mains; dans l'autre, une feuille de papier blanc. Il me regarda, déroula son papier, et écrivit dessus : Jésus, en grandes lettres. Ce n'était là que la vision d'un songe; mais elle me fit du bien. Lui aussi, il en fut touché lorsque je la lui racontai. Il me disait, peu d'heures avant de mourir : « L'ange a écrit Jésus : c'est Jésus qui m'a ouvert les portes de la vie éternelle; il me couvrira de ses mérites. » — Je puis dire qu'abandonnés de tout amis sur la terre, cheminant au milieu des ombres de la mort, nous avons eu de douces consolations, même dans nos rêves, images des réalités que nous promet notre foi. »

Arrivée à Livourne, Elizabeth fut reçue avec les témoignages de la sympathie la plus affectueuse par MM. Filippo et Antonio Filicchi, mariés l'un et l'autre à de nobles compagnes, compatissantes, intelligentes de toutes les dou-

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