CHAPITRE VI
Comme disait la petite Anna, « rien ne la distingue des autres femmes, si ce n'est le cortège qui la suit. »
Dimanche soir.
(( Seule, avec ma petite Anna, j'ai passé une soirée, que pour ce monde on peut encore appeler heureuse. Pendant que nous récitions notre cher office, elle fondait en larmes; et c'est toujours ainsi, depuis que nous le récitons seules. Elle m'a dit: « Mon cher papa loue le Seigneur dans le ciel, et je ne devrais pas pleurer sur lui; mais je crois que cela est bien naturel, n'est-ce pas, maman? — Je pense à cette parole de David : J'irai vers lui ; lui ne peut revenir vers moi. » — La conversation de cette enfant m'est tous les jours plus chère ; je la préfère à toutes celles que je puis avoir de ce côté-ci du tombeau. C'est une des plus grandes grâces de Dieu d'avoir permis que j'aie pu l'amener avec moi. »
Lundi, 9 janvier.
« Je suis entrée dans l'église de San Lorenzo ; et là, je me suis sentie vraiment ravie. Comme
Toscane. Cette princesse , infante d'Espagne, fille du roi Ferdinand VU, était veuve de Louis de Bourbon, infant de Parme, qui occupa pendant trois ans, sous le nom de Loids \", le trône éphémère de l'Étrurie.
je m'approchais du grand autel formé de ce qui existe de plus précieux, pierres et marbres admirables, ces paroles : Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur, s'emparèrent de ma pensée avec une vivacité, une ferveur qui absorbait toute autre pensée. L'image s'éveilla en moi de ces offrandes que David et SaloQion firent au Seigneur leur Dieu, lorsque les plus riches produits de l'art et de la nature furent dédiés à son saint temple et sanctifiés à son service. La chapelle de Marie, qui est attenante à l'église, estd'unebeauté, d'une richesse, d'un travail, qui donneraient l'idée d'une œuvre plus qu'humaine, si son dôme inachevé n'en trahissait l'imperfection '. C'est la chapelle où dorment les Médicis. Tous ces tombeaux de granit, ces couronnes d'or ornées de pierres précieuses ; l'éclat de ces marbres polis, où les objets sont reflétés comme en des miroirs* ; ces Médicis de marbre noir, si solennels, debout au-dessus de leur tombeau, aussi grands que pendant leur leur vie, avec leurs
1 Ce dôme est achevé depuis l'année 1837. Le grand-duc de Toscane , Léopold II, l'a fait peindre et décorer avec une magnificence extrême.
2 Les marbres précieux, les jaspes, les agates ^ etc.. qui revêtent le pourtour de cette chapelle forment comme un éblouissant et immense miroir dans lequel la chapelle se reflète tout entière, quel que soit le point qu'on choisisse pour y fixer les yeux.