CHAPITRE VI
couronnes et leurs sceptres, tout cela donnait comme le vertige à ma pauvre tête. Je crois que je ne serais jamais revenue à moi , si je m'étais trouvée là toute seule. »
Mardi, 10 janvier.
((. J'ai vu l'église de Santa Maria Novella et le palais où la reine a sa résidence. Là se trouvent toutes les magnificences que peut enfanter l'or avec les étoffes les plus variées, les plus merveilleuses. Statues admirables., plafonds décorés de peintures élégantes, parquets aux brillantes couleurs, tables incrustées de pierres précieuses, tout se réunit pour faire du palais Pitti une merveille de magnificence et de goût. C'est du moins ce que disent les connaisseurs ; moi, je ne suis pas juge. D'ailleurs je n'étais touchée d'aucun de ces objets ; je sentais trop l'absence de celui qui n'était plus là pour me les faire remarquer avec leurs beautés. Un tableau, la descente de croix, représentée presque de grandeur naturelle, a fixé toute mon attention. Marie, au pied de la croix, est véritablement transpercée par le glaive de la douleur. L'ombre de la mort sur sa figure agonisante, contraste d'une manière saisissante avec la paix céleste répandue sur tous les traits du cher Rédempteur. Gomme il me fut pénible de quitter ce tableau! et depuis ce moment,
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que de fois j'ai fermé les yeux pour le revoir dans mon imagination ! Il y avait là encore un sacrifice d'Abraham , où le père est représenté, ainsi que son fils, avec une telle expression, qu'en les regardant tous deux vous éprouvez les émotions et les tortures de cette scène. Heureusement pour moi, ceux qui m'accompagnaient étaient occupés à d'autres objets; j'aurais peut-être pu leur cacher mes larmes, mais ils se seraient aperçus du trouble de toute ma personne. »
Après quelques jours passés à Florence, Elizabeth revint à Livourne avec ses amis. La m.ain de Dieu , qui l'avait amenée près d'eux , l'y retint plusieurs mois encore. Nous avons fait connaître ailleurs la charité des Filicchi , généreux j usqu'à la munificence : l'amour qu'ils avaient des pauvres naissait de leur amour pour Dieu. Ces justes vivaient de la foi, selon la parole de l'Apôtre ; de cette ardente foi , qui anime toutes les pensées de l'esprit et qui donne l'impulsion aux moindres actions de la vie. Admise à leur intimité, touchée de les voir aussi pieux que vertueux , Elizabeth se prenait insensiblement à aimer la religion qui avait formé leurs âmes si saintes. La vue de leur intérieur béni était pour elle, à leur insu, comme une prédication incessante en faveur du catholicisme.