CHAPITRE M
longtemps le savait, elle, fille de la vraie Église, avant de connaître sa mère. Maintenant, ses prières, ses lectures, les longues réflexions auxquelles elle se livrait , ses entretiens sur la religion avec les deux Filicchi écartaient doucement les préjugés de sa jeunesse. L'Esprit qui enseigne toute vérité, récompensait sa croissante ardeur. La certitude des dogmes de l'Église catholique lui apparaissait peu à peu; leur caractère d'autorité la saisissait; elle était touchée des consolations et des secours qu'ils offrent à l'âme qui s'y attache. Quand elle entrait dans une de ces éghses d'Italie, toutes si aimées, si bien ornées, si constamment visitées d'un peuple heureux de se trouver au pied de ses autels, elle ressentait une impression de piété et de respect plus vive et toute différente de ce qu'elle avait jamais éprouvé.
A cette heure rayonnante qui fut comme l'aurore de la foi en son âme , quand les premières clartés de la lumière céleste commençaient à percer les mages de son esprit, un jour elle accompagf^a ses amis à l'église de Monte Nero, célèbre par son pieux pèlerinage ' et par les beautés d'un site qu'on ne se
1 Le pèlerinage à l'église dédiée à la sainte Vierge , Notre-Dame de Monte Nero, à un mille et demi de Livourne.
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lasse point d'admirer. La famille était réunie ; les enfants, réveillés de leur sommeil bien avant l'heure accoutumée, étaient prêts les premiers, et témoignaient leur joie par l'impatience qu'ils avaient de partir. On devait faire la course un peu en voiture, et à pied le plus possible. Dès que le jour parut, on se mit en chemin.
C'était par une de ces matinées délicieuses, qui sont les fêtes perpétuelles de ces doux climats du Midi. La tiède brise du printemps,
Tutta impregnata dall' erba e da' fiori i ,
répandait ses parfums le long des sentiers que suivaient lentement les pèlerins
Corne gente, che pensa suo cammino, Che va col cuore, e col corpo dimora 2;
Elizabeth et ses amis, recueillis, se parlant peu, rêvant, tout absorbés dans une même pensée ; Anna et les enfants , charmés des grâces de ces premières heures de la matinée, s'arrêtant, courant en avant; cueillant des gerbes de fleurs; appelant leurs mères; cherchant à découvrir dans l'atmosphère transpa-
1 Tout imprégné du parfum des herbes et des fleurs. Dante, // Purgatorio, c. xxiv, 145.
^ Comme des gens qui pensent en suivant leur chemin ; ils marchent avec le cœur, et le corps s'attarde. — // Purgatorio, c. u, 4.