CHAPITRE VI
amenée en Italie, avec le même capitaine, le bon O'Brien.
JOURNAL d'eLIZABETH ( Écrit pour sa belle-sœnr Rebecca Setou. )
18 février 1804.
c( 0 mon Dieu , bien véritablement mon Dieu ! car s'il en était autrement que deviendrais-je? Comment vous dire, Rebecca, le temps qui se passera avant que nous puissions nous revoir? Nous étions installés à bord du vaisseau, prêts à mettre à la voile le lendemain malin. Nous nous étions séparées de nos amis si parfaits, comblées de leurs bontés et de leurs présents; moi, toute chargée d'or, de passe -ports, de lettres de recommandation, crainte des pirates d'Alger, ou de relâche forcée dans quelque port de la Méditerranée. Mais tout cela s'est trouvé inutile. Une rude bourrasque, pendant la nuit, a fait heurter notre vaisseau contre un autre navire ; et le lendemain matin, au lieu de faire voile pour l'Amérique , il a fallu revenir à terre. Les bons Filicchi nous ont reçues à bras ouverts ; mais que je me sentais le cœur abattu! Figurez -vous après ce que ce fut , lorsque notre pauvre pe-
m ELIZABETH SETON
tite Anna, ne pouvant plus cacher ce qu'elle souffrait, on fit venir un médecin qui déclara qu'elle avait une forte fièvre et tous les symptômes de la scarlatine. Hélas ! hélas ! cette pauvre petite, qui essayait de cacher son mal tant qu'elle pouvait, n'en prévoyait guère toutes les conséquences. Car dès le lendemain, le docteur déclara qu'il fallait renoncer à notre voyage, ajoutant qu'il y allait de la vie de l'enfant... Eh bien, maintenant ce que je dois avoir uniquement en vue, c'est la main de Dieu 1 y> \
24 février.
« La petite Anna est encore bien malade; mais nous avons passé le plus dangereux, entourées de tant de soins, de tant d'attentions de la part de chacun ici, que j'en ai le cœur tout attendri. Pauvre Anna 1 il me semble que mon âme est comme si elle avait passé dans la sienne. Je ne la quitte ni jour ni nuit, toujours assise ou couchée auprès de son lit dans ce pays étranger et si beau. Ma sœur, ma chérie, que nous serions heureuses, si nous croyions ce qu'elles croient ces chères âmes!... Ils possèdent par leur foi leur Dieu dans le sacrement; ils le trouvent dans leurs églises; ils le voient venir à eux lorsqu'ils sont malades.