CHAPITRE VI
Hélas! hélas! quand le saint Sacrement passe sous mes fenêtres, et que je sens le complet isolement et la tristesse de ma situation , mes larmes ne peuvent plus s'arrêter. Mon Dieu , que je serais heureuse , même éloignée comme je le suis de tout ce qui m'est cher, si je pouvais comme eux vous trouver à l'église ! — Et même ici, il y a une chapelle dans la maison même de M. Filicchi ' ; — que de choses je vous dirais des chagrins de mon cœur et des péchés de ma vie! L'autre jour, dons un moment d'excessive détresse, je tombai à genoux, sans y penser, tandis que le saint Sacrement passait. Je criai vers Dieu dans une sorte d'agonie, le suppliant de me bénir s'il était là vraim.ent présent. « Mon âme ne désire que vous! » lui disais-je. — Un petit livre de piété à M™e Filicchi était là sur une table ; je l'ouvris à la page où se trouve une prière à la Vierge bénie, dans laquelle saint Bernard la supplie d'être notre mère -. Je la lui lis, cette prière, avec une entière certitude que Dieu ne refuserait rien à sa mère ; et qu'elle , de son côté , ne
1 Cette maison, aujourd'hui la Casa Grant, est située à l'angle de la rue délia Madonna. Le palais Masliani tout auprès, sur la même ligue, séparé seulement par une rue transversale, forme dans la rue délia Madonna l'angle parallèle à la Casa Grant.
2 Le Memorare, Souvenez-vous.
pouvait s'empêcher d'aimer et de prendre en pitié les pauvres âmes pour lesquelles son fils a souffert. Pendant que je priais , je sentis réellement que j'avais une mère.
« Vous savez les rêveries de mon pauvre cœur, qui se lamentait si souvent de ce que j'avais perdu ma mère aux jours de ma tendre enfance. Quand je remonte aux souvenirs les plus lointains de mon jeune âge, je me vois toujours, au plus fort de mes jeux et de leur enivrement , levant les yeux vers les nuages pour y chercher ma mère. Je venais de la trouver ce jour-ià. J'avais même trouvé plus qu'une mère pour la tendresse et la compassion. Je pleurais; et tout en pleurant, je m'endormis doucement sur son sein. »
« 18 mars.
« Votre sœur vient d'être pendant longtemps hors d'état de tenir sa plume. Le jour même où Anna quittait le lit , je tombai malade à mon tour. Oh ! la patience et la bonté plus qu'humaines de ces chers Filicchi. Vous auriez dit qu'ils recevaient Notre-Seigneur luim-ême en notre personne, nous, étrangères, pauvres et malades! Maintenant, me voici en état de quitter ma chambre, après une maladie