‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 8 sur 225 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

toujours égal. Elle apprit à nourrir dans l'oubli d'elle-même le désir, qui ne la quittait pas, d'être utile aux autres et de s'employer à quelque bien. Ce désir, insatiable besoin, nous dirions volontiers qu'il s'éveilla chez elle aux premières lueurs de sa pensée; il l'anima toute sa vie et ne laissa jamais son cœur inactif. Elle comprit bientôt que l'abnégation l'alimentait et l'apaisait tout ensemble; elle découvrit la douceur cachée dans la dure habitude du sacrifice , comme ce miel exquis que les Livres saints appellent le miel du rocher, le miel de la pierre.

Dès son enfance, elle s'était fait remarquer par sa piété. Touchée d'un précoce amour de Dieu, elle apprit, presque en même temps, à réfléchir et à aimer la prière. On la voyait assidue aux offices de son église, édifiant les assistants par son recueillement et sa ferveur. Un peu plus avancée en âge, elle fit ses délices de la lecture des Livres saints. Ces pages, vivantes de l'esprit de Dieu, devinrent la nourriture de son âme ; elle y puisait les maximes qui dirigeaient ses pensées, sa conduite, ses jugements sur toute chose. Transcrire les passages qui la frappaient et la touchaient le plus , était une occupation qui la ravissait. Peu à peu , ce qu'elle avait lu , transcrit , médité avec tant de goût, se fixait dans sa mé-

moire; son esprit s'enrichissait d'abondants trésors. Nous la verrons, plus tard, laisser découler de ses lèvres ou de sa plume éloquente les citations les plus heureuses qu'elle empruntait à la sainte Écriture, avec une grâce qui lui était naturelle.

Les desseins de Dieu se laissent entrevoir de bonne heure sur cette belle âme. Profondément pieuse, attentive et fidèle à la grâce, du jour où elle entend ses premiers appels, elle marche d'un pas continu , elle avance , elle se perfectionne. On sent que V Auteur de tout don parfait la prévient déjà de ces grâces abondantes qui l'arracheront un jour à l'erreur. Encore séparée de nous , et fermement attachée à sa croyance, elle incline, bien qu'à son insu, vers la vraie Église de Jésus-Christ, qui la possédera plus tard. Un attrait qu'elle ne soupçonne pas l'y attire. Elle en repousserait jusqu'à l'ombre , si seulement elle l'apercevait. Mais, élevée dans une secte protestante , empreinte plus qu'aucune autre secte, des vestiges de la religion que les Apôtres nous ont transmise, ce qu'elle goûte en son culte, c'est surtout ce qu'il a gardé de nos traditions catholiques. « Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît pas; » celui d'Elizabeth s'éprendra d'abord de la douceur et de la beauté de notre religion tout aimable et toute divine. Mais ce n'est point

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