CHAPITRE VII
qui leur est particulière, sans se rendre aux efforts tentés par la plupart des nations maritimes, qui le voulaient anéantir comme un prétexte à des abus odieux. Le Fiammingo se vit donc soumis à l'irritante formalité de la visite ; on la lui fit subir régulièrement ; elle n'amena aucune découverte compromettante ; sa rencontre avec les dominateurs de la mer n'eut point de résultat fâcheux pour lui. Il se remit en marche, continua de faire voile pour l'Amérique, lentement, retardé par les vents contraires , mais sans aucun incident nouveau.
Depuis le jour où, s'arrachant à ses jeunes enfants et à tant de liens très-chers qu'elle laissait en son pays , Eiizabeth n'avait eu d'autre pensée que de disputer à la maladie les jours de son William, sa vie n'avait plus été qu'une suite d'épreuves. Jusqu'alors du moins, elle n'avait pas été seule à les supporter. L'espoir de conserver son mari , la douceur de lui prodiguer des soins, le bonheur de sa seule présence, avaient soutenu son courage tant qu'il avait vécu. Plus tard, Dieu avait envoyé à son aide ces tendres et dévoués amis. Toujours entourée d'affection, on ne pouvait la dire, au point de vue humain, entièrement à plaindre. Il était même un des côtés très-pénibles de sa situation, que la délicatesse et la générosité de
MM. Filicchi avaient caché pour elle , comme sous un voile. Elle ignorait cette gêne extrême où elle se fût trouvée, s'ils n'avaient obtenu de sa confiante amitié qu'elle usât de ce qu'ils lui offraient comme en eût usé une sœur. A son retour aux États-Unis , mise en face de la réalité, qu'allait-elle apercevoir de l'état de ses affaires? Les mêmes embarras, peut-être aggravés. — Pour les surmonter seule, sans son mari, quel appui pourrait-elle trouver près de sa famille, près de ses amis? Tout était obscurité, tout était inquiétude devant elle. Ce qu'elle savait à n'en pouvou' douter, c'est qu'à la première ouverture qu'elle ferait d'abandonner son ancien cuite , et d'embrasser la religion catholique , elle allait ameuter contre elle tous ceux sur qui elle eût compté si elle fût demeurée protestante.
Il est vrai qu'indépendamment du bon ou du mauvais vouloir des siens, elle pouvait espérer un changement de fortune ; car elle avait des droits, ainsi que ses enfants, à sa part dans l'indemnité que les États-Unis, par suite d'un traité avec la France , venaient d'affecter à réparer les désastres du commerce des mers.
Ce traité, qui intéressait à la fois l'agrandissement territorial de la jeune Union, et les droits de ses commerçants lésésdans les guerres maritimes, avait pour base la cession de la