CHAPITRE Vil
Louisiane. Bonaparte, premier consul, venait de céder aux Étals- Unis cette vaste colonie,, londée par les Français, perdue pour eux dans les dernières années du lègne de Louis XV; dévolue, à cette époque, à la couronne d'Espagne; puis rétrocédée par elle, en 180 1, à la république française. Le traité par lequel l'Espagne stipulait le retour de la Louisiane à la France, avait été conclu le 29 septembre 180L Trois jours plus tard, les préliminaires delà paix, qui fut celle d'Amiens, étaient signés entre la république française et l'Angleterre. Mais avant que le gouvernement français eût pris possession effective de sa nouvelle acquisition, des ferments de division, surgissant de toutes parts, firent prévoir la rupture de la paix d'Amiens et renversèrent les projets que le premier consul avait conçus au sujet de la Louisiane. Il mesura d'un coup d'œil les difficultés qu'il aurait à la conserver, et prit promptement la résolution de la donner aux États-Unis contre une somme d'argent qui payerait en grande partie l'armement extraordinaire qu'il projetait contre l'Angleterre. A ce moment, M. Monroe arrivait en Europe, accrédité par l'Union, près des deux grandes puissances continentales pour le règlement de divers intérêts. A peine sa présence à Paris était -elle annoncée, qu'il reçut du cabinet
français la proposition inattendue d'entrer en arrangement pour l'acquisition de la Louisiane. Sans être embarrassé par le défaut de pouvoirs, il traita sur-le-champ , sauf ratification de son gouvernement. En échange de notre colonie, Bonaparte fit demander quatre-vingts millions. Les États - Unis consentirent à payer cette somme, à la condition qu'on en détacherait vingt millions, qui seraient destinés à in lernniser les commerçants américains des captures illégalement faites par les croiseurs français pendant la dernière guerre. Les soixante autres millions devaient être versés dans le trésor français. La guerre avait lésé des intérêts considérables et nombreux dans le commerce américain, tandis que la somme demandée pour l'indemnité était évaluée d'après des conjectures très-modérées*. Cependant, les intéressés , sans prétendre à de complets recouvrements après les pertes subies, avaient sujet d'espérer que leur part dans l'indemnité serait un dédommagement sensible. Elizabeth et ses enfants se trouvaient au nombre de ceux dont la situation pouvait être ainsi réparée ! C'était la meilleure espérance, ou pour mieux dire, la seule espérance qui lui restât dans le désarroi de sa fortune.
1 Voir Barbé-Maibûis, Histoire de la Louisiane,