‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 89 sur 225 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le 3 juin, après une navigation de cinquante-/,^ six jours, le Fiammingo atteignit le port de New- York. L'inconnu d'une si longue séparation cessait pour Elizabeth. Ce qu'elle avait le plus redouté lui fut épargné ; son premier cri en arrivant, fut de joie et d'actions de grâces. Elle retrouvait ses petits enfants, tous les quatre, qui lui souriaient, et dans sa famille aucun deuil nouveau ne s'était ajouté à son récent deuil. Seule à ce moment, Rebecca Seton ne se trouva pas au milieu de ses sœurs. Avant de savoir que la maladie la retenait, Elizabeth eut le pressentiment d'un malheur suspendu sur elle. En effet, elle allait être frappée, après quelques jours de délai; dans cette âme, façonnée pour Dieu des mains de la douleur, le travail commencé ne pouvait être longtemps interrompu.

JOURNAL d'ELIZABETH

4 juin 1804.

« C'est donc bien vrai, je serre encore mes chers enfants contre mon cœur ! Dieu m'a rendu mon trésor tout entier, même la chère petite âme que j'ai si longtemps regardée comme un ange de plus au ciel. La nature me crie bien haut qu'ils n'ont plus de père ; mais

en même temps Dieu me répond : Je suis le père de ceux qui n'ont plus de père, le protecteur de ceux qui n'ont plus de protecteur. — J'ai bien sujet de m'attachera vous, mon Dieu. Quel autre que vous ai- je au ciel et sur la terre?... Mon cœur et ma chair ont défailli; mais vous êtes ma force et mon partage à jamais.

« La sœur de mon âme n'est pas venue à ma rencontre. Elle aussi a bien avancé son voyage vers sa demeure céleste. Je crois pourtant qu'elle ne voulait pas partir pour l'éternité sans être accompagnée dans ce passage des tendres soins et des consolations de sa bien - aimée sœur. Revoir celle qui a été la chère compagne de toutes mes joies et de toutes mes pensées, de mes chants d'action de grâces et de mes hymnes de douleur; celle qui fut toujours, pendant tant d'années, à travers tant d'épreuves, la chère, la fidèle, la tendre amie de mon âme, hélas! hélas! la revoir perdue... l'ombre d'elle-même, prête à disparaître avant peu de jours !...

« Maison où tout semblait me sourire, intimité des deux sœurs, unies par la prière et les célestes affections... hymnes du soir, lectures de chaque jour faites ensemble, contemplations au coucher du soleil, office des jours sacrés récité avec elle, baiser de paix, visite

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