CHAPITRE VIII
conscience et ferme dans sa foi, elle ne se sentait point accessible au découragement qui naît des considérations humaines. Du jour où elle avait entrevu la vérité, cette lumière lui était apparue toujours plus éclatante et plus belle: l'étude, la réflexion, la prière, avaient apporté la certitude en son esprit. L'ami qui , de concert avec Antonio, s'était appliqué à l'instruire des enseignements de la vérité, Filippo Filicchi, lui avait préparé un précieux appui pour le moment où elle se retrouverait en pays protestant, exposée à d'inévitables luttes. Lors du séjour qu'il avait fait, onze ans auparavant, en Amérique, il avait connu d'une manière toute particulière l'évêque de Baltimore, John Carroll K C'était à lui qu'il avait
1 John Carroll, né en 1734, dans le àlaryland, au sein d'une ancienne famille catholique, fut élevé en France, au collège de Sainl-Omer, que dirigeaient les jésuites anglais. Devenu prêtre et menitre de la compagnie de Jésus, il ne revint en Amérique qu'en 1773, après la suppression de son ordre. En 1789, il fut désigné, par Tuiianiraité des prêtres américains au choix du souverain pontife pour occuper' le siège de Baltimore, le premier siège épiscopal érigé aux États-Unis. Sitôt que ses bulles, envoyées de Rome, lui furent parvenues, M. Carroll se rendit en Angleterre, oîi il reçut la consécration des évêques, le 15 août 1790, jour de la fête de l'Assomption. Il revint eu Amérique imm>'diatement après, et y porta, fans se la«ser, jusqu'à l'âge de 81 ans, le poids d'un épiscopat fécond entre tous en grandes œuvics. Sa sainte mort arriva le 3 décembre 1815.
pensé pour achever l'œuvre de la conversion d'Elizabeth. Quand celle-ci était partie d'Italie, il lui avait remis pour le pieux évêque une lettre de recommandation très-pressante, dans laquelle il racontait les espérances qu'il avait conçues pour elle. « En la voyant de près, disait-il, j'avais remarqué, à côté de tant d'autres qualités éminentes, une rare disposition de son cœur à la piété , et une assiduité touchante à ses devoirs d'épouse et de mère. Gomme je croyais aussi apercevoir en elle une sincérité d'esprit peu commune, je fus frappé de la pensée que la Providence avait disposé son voyage en Italie dans la vue toute spéciale de redresser les préjugés qu'elle avait contre notre religion , d'éclairer son esprit , et de lui faire découvrir la véritable Église , afin de l'y attirer.
« Tandis que je me llattais de cet espoir et que je réfléchissais à ces choses dans un silence discret, elle-même me donna à connaître que je ne m'étais pas trompé. Elle me pria de lui communiquer les lumières que je pouvais avoir à ce sujet. Je secondai ses vues avec bonheur et avec crainte tout à la fois : avec bonheur, à cause du résultat que j'espérais; avec crainte, à cause de mon indignité, de mon peu de capacité et de science. La pensée que la Providence emploie souvent les instruments