‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 95 sur 225 · CHAPITRE Mil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil

laire, rempli d'esprit et de feu, zélé, toujours prêt à la lutte, M. Hobart possédait, uni à beaucoup de solidité, l'ensemble des dons brillants qui exercent sur les esprits une influence presque irrésistible. Il faut entendre l'historien de sa vie ', étudiant son caractère à l'époque où, fort jeune encore, il fut choisi comme député au synode général. « Henry Hobart, dit-il, était le représentant le plus capable que pût avoir l'Église. Comme chef, il possède tous les talents ; comme orateur, il est le plus parlementaire; jamais je n'ai vu cet homme lancé hors de son centre. »

Une amitié qui remontait aux jours de son enfance unissait Elizabeth à M. Hobart. Les années avaient affermi ce lien. Autour d'elle , dans la famille de son mari, l'affection qu'on portait au jeune et vénéré pasteur était une sorte de culte. Elle ne pouvait oublier que son cher William, à son lit de mort, avait souvent prononcé le nom de Henry Hobart, et s'était affligé de ne l'avoir point eu près de lui à ses derniers moments. Troublée depuis longtemps à la pensée du mécontentement qu'elle s'attendait à rencontrer chez un tel ami, elle lui avait écrit pendant sa traversée.

1 M. Wicart, cité par Samuel Wilberforce , History of the protestant Episcopnl Church in Americn.

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« A mesure que j'approche de vous, je tremble, lui disait-elle. Tandis que le brisement des vagues et leur incessante agitation m'offrent l'image de la destinée que Dieu m'a réservée , la pensée de me voir séparée de vous fait fondre mon cœur en larmes amères ; mes mains en sont toutes baignées. Et toutefois, mon cher Henry, ne me soyez pas trop sévère. Vous respectez la sincérité : quand même vous me croiriez dans l'erreur, quand même mon désir de changer de religion vous paraîtrait à blâmer, je sais que la céleste et chrétienne charité plaidera pour moi devant votre affection. Pendant longtemps j'ai vu que j'usais mes forces en vain pour placer mon entendement, ma raison, mes convictions au-dessus du prix que j'attachais à votre estime. Vous m'étiez donc plus cher que Dieu, et je ne m'en doutais pas! J'ai combattu inutilement, jusqu'au jour où j'ai réfléchi que vousmême ne voudriez pas me faire une plus longue opposition, ni prendre plaisir à me voir continuer une lutte si cruelle qu'elle finirait par détruire ma vie; plus encore, ma paix avec Dieu. Pourtant, si le sacrifice de votre chère amitié, de votre estime, doit être le prix de ma fidélité à suivre ce que je crois être l'appel de la vérité, je ne douterai point de la miséricorde de mon Dieu. S'il veut briser l'un des liens qui m'est le plus cher en ce monde, il

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