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CHAPITRE XV

L'énergie de la mère Selon, la bonne volonté de toutes ses compagnes , firent qu'on accepta la souffrance de ce moment difficile, et qu'on vint à bout de le traverser. On avait vécu bien maigrement jusqu'alors; maison trouva moyen de se réduire. Les petites ruses économiques de la misère sont infinies : à défaut de vin et de thé, dont le prix eût été ruineux, le café était au moins indispensable; on inventa un café d'une nouvelle espèce, composé avec un mélange de jus de carotte et de mélasse. On n'usa plus que d'un pain noir, fait avec de la farine de seigle très -grossière. On supprima tout achat de viande fraîche, sauf pour les cas de maladie; et- l'on s'approvisionna de salaisons, lard, etc.. On cessa d'accommoder les soupes de pain et de légumes avec du beurre ou du lait; celles dont on se contenta désormais, furent faites avec cet aigre liquide qu'on appelle le lait débourre. D'autre part, les sœurs furent invitées à user les vieux vêtements qu'elles pouvaient avoir, de couleur ou autres; afin de ménager leur habit religieux. Le bois ne coûtait presque rien , cependant le plus possible on économisa le feu.

Au milieu de ces privations, la fervente communauté, tranquille, confiante en Dieu, redoublait d'ardeur et demeurait saintement joyeuse. C'était à qui, pur une pieuse émula-

tion , semblait le moins s'occuper des choses dont on manquait. On s'accoutumait à oublier ses aises et son bien-être. On apprenait à endurer le froid, à se trouver assez couverte avec un vêtement bien mince, à porter joyeusement des habits usés, raccommodés en cent endroits. « Tous les cœurs, dit la mère Seton, s'appliquaient à la mortification avec une bonne volonté si grande, que l'on trouvait que le café au jus de carotte, la soupe au lait de beurre, et le lard salé , étaient encore un manger trop délicat. »

Cependant la saison d'hiver approchait, la mauvaise saison, qui multiplie les empêchements, paralyse l'action, et ajoute ses mélancolies particulières à tout ce qui chagrine et inquiète. Les amis de la communauté s'alarmaient pour elle. Dès le commencement de novembre, M. Carroll écrivait à la mère Seton: « Je ne puis songer de sang-froid à votre situation et à celle de vos chères sœurs pour cet hiver; car j'apprends de M. du Bourg que votre maison ne peut vous recevoir avant le premier de l'an ; et certes ce n'est pas là le moment où l'on puisse faire un déménagement. J'espère cependant, j 'ai confiance que, contrairement à ce qu'il y aurait lieu de craindre, vous conserverez toutes du moins la vie sauve dans votre maison si peu convenable et ouverte à tous les vents.»

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