CHAPITRE XM 2ii
avait gagné tous les cœurs, même du clergé protestant '. » Ses pères avaient possédé dans le Maryland de grands biens, de vastes terres; ses collatéraux en jouissaient encore, et tenaient la plus haute place dans le pays. La libéralité qui les caractérisait tous s'ajoutait encore à la sienne. La simplicité, la frugalité de sa vie expliquaient, d'ailleurs, la munificence de ses dons. Sa maison était hospitalière, mais dépourvue de tout luxe. Les soins et les travaux de sa charge pastorale remplissaient toutes ses journées. Le soir, il recevait les visiteurs qui se présentaient. L'urbanité de ses façons, l'éclat de sa conversation, si solide et variée, les attiraient souvent en grand nombre. Mais quelque délassement qu'il pût trouver pour ses fatigues au milieu d'eux, sitôt que venait à sonner l'heure fixée pour la prière , il prenait congé gracieusement de ceux qui l'entouraient, les quittant pour aller réciter les prières accoutumées avec les serviteurs de sa maison , des gens de couleur, et de pauvres nègres.
La bonté, ce constant apanage des natures élevées et fortes, était un des traits distinctifs du caractère de M. CarroU. Il possédait au plus haut degré « ce premier attrait que nous
1 Lettre de M. Badin, missionnaire américain. Voir Annales de l'Association de la Piopagalion de la Foi, i° II. — Amérique. — Missions du Kentucky, année 1823.
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c< avons en nous-mêmes pour gagner les « autres hommes. La grandeur qui était venue « par-dessus, loin d'affaiblir la bonté, ne lui «i avait jamais semblé faite que pour l'aider « à se communiquer davantage'. » Nous avons vu ce qu'il avait été pour Elizabeth Seton ; son intérêt si constant, dès le temps où il la dirigeait sans l'avoir encore vue ; et depuis qu'elle était venue dans le Maryland, sa sollicitude paternelle pour elle toujours, et pour ses enfants, et pour sa communauté; en un mot, pour tout ce qui se groupait autour d'elle. Quand il ne fut plus, tandis que l'Église entière aux États-Unis ressentait vivement la perte du grand évêque ; tandis que le souvenir des services rendus au pays par le grand citoyen provoquait par toute l'Union des témoignages de gratitude et de regret; les papiers publics s'encadrant de noir à sa mort, comme à la mort de Washington - : dans la maison d'EiTimettsburg, c'était surtout le père vénéré qu'on pleurait. Les Sœurs, les élèves, les orphelines de la communauté avaient vu si souvent de près cet illustre ami des fondateurs de la liberté américaine, simple, bon, oubheux de sa
1 Bossuet, Oraison funèbre de Louis de Bourbon, — le grand Condé.
2 Voir Annales de l'Association de la Propagation de la Foi. u° XX. Mission de Baltimore.