CHAPITRE XXI
core. Ces sacrifices persévérants expliquent le dénûment dans lequel il se trouva le jour où il fut appelé au siège épiscopal de New-York». L'Église dont il prenait possession n'avait rien à lui offrir que des dettes. A lui - même tout manquait. Il dut son anneau et sa croix pastorale à la générosité de Gliarles CarroU de CarroUton, un des derniers héros survivants de l'Indépendance américaine, et, comme l'appelle M. Dubois, « un de ces anciens patriarches qui sont dévoués de tout leur cœur à notre sainte religion , et qui ne profitent de leur opulence que pour faire du bien. »
Depuis que M. Brute était parti pour l'Europe au printemps de l'année 1815, M. Dubois, demeuré seul avec charge d'âmes dans la vallée d'Emmettsburg, se trouvait en présence d'une tâche immense. S'il n'y succombait pas , c'est qu'il avait en lui cette flamme du dévouement qui multiplie à l'infini le temps et les forces. La gaieté et la simplicité du pasteur d'Emmettsburg étaient égales à son oubli de lui-même. Occupé de quiconque avait besoin d'une assistance ou d'un conseil, il ignorait le poids du temps, et jusqu'à l'ombre de l'ennui, ce fléau qui s'attache à tout désœuvrement volontaire, ou contraint. De ses instants,
1 A la fin de l'année 1826.
dont la charité et la piété disposaient, rien n'était détourné pour le repos, les aises ou l'intérêt personnel. On raconte qu'un jour il arriva au parloir de Saint-Joseph avec ses cheveux taillés très -courts, — depuis quelque temps on remarquait qu'ils lui tombaient presque sur les épaules. — « Voyez mes cheveux coupés, dit -il en riant à la mère Seton; j'ai rencontré le barbier dans les bois; il m'a fait asseoir sur une pierre, et il m'a fait son opération. Je n'ai pas le temps à la maison. »
Le voyage de M. Brute ne le retint pas longtemps loin des États-Unis; dès le mois de novembre, il revenait d'Europe. Mais Emmettsburg ne le revoyait pas encore. Il ne reprit ses fonctions au Mont-Sainte-Marie que trois ans plus tard. Sitôt son retour à Baltimore, ses supérieurs lui confiaient la charge de diriger leur collège et séminaire de Sainte-Marie. Il était en correspondance régulière avec Élizabeth Seton. Après avoir vu de près son fils William, pendant la traversée d'Amérique en France, il s'empressa de lui donner, à elle, une foule de détails intéressants et satisfaisants pour une mère. De son côté, Antonio Filicchi parlait souvent du jeune homme à Élizabeth. Moins souvent pourtant qu'elle n'aurait voulu , car elle était avide de nouvelles.