CHAPITRE XXIII 26S
menties un seul jour, bien que ses aspirations vers une vie plus active n'eussent rien perdu de leur première vivacité.
Loin d'être attiré vers les intérêts et les occupations du haut négoce , il persistait à vouloir entrer dans la marine de son pays. C'était un chagrin pour Ehzabeth, le seul chagrin que lui eût jamais donné son fils. Toutefois la répugnance qu'elle avait eue de tout temps à le voir embrasser la noble carrière qu'il voulait suivre se trouvait moins justifiée.
William, plus avancé dans la vie, s'éloignait de l'âge où les impressions de l'enfance s'effacent avec facilité. Il allait avoir vingt et un ans. Sa foi s'était affermie. Après l'éducation d'Emmettsburg, les exemples de piété et d'honneur chrétien donnés par les Filicchi, avaient mis en lui une forte empreinte. Les craintes d'Elizabeth, sans être disparues, trouvaient du moins à se rassurer. Elle les exprima pour la dernière fois , au moment où William annonça son prochain retour aux États-Unis.
« Je vois, mon enfant, lui dit-elle, que l'honneur et l'amour filial, triomphant du penchant de la jeunesse et de la nature, vous ont longtemps maintenu dans une situation qui n'était pas celle que vous eussiez choisie; aussi, je me sens bien reconnaissante à notre Dieu et à vous, puisque maintenant, j'ai atteint le prin-
cipal objet que j'avais en vue quand je me suis séparée de vous, mon bien-aimé fils. Ce que je voulais, ce n'était pas tant vous fixer auprès d'amis opulents et vous mettre en situation de faire fortune , que vous faire prendre le loisir de vous connaître un peu vous-même, et de surmonter, s'il se pouvait^ votre première et si ardente inclination pour la marine, la passion de votre cœur encore maintenant, je le sais. Cependant je croirais être infidèle à notre mutuelle et tendre affection, si je ne vous disais pas ma pensée tout entière , à vous , qui m'avez si bien exposé toute la vôtre ; et si je ne vous laissais pas voir les craintes que j'ai, non pour votre chère personne, mon bien-aimé, mais pour votre cher et éternel intérêt. Ah ! si vos défuntes sœurs pouvaient se faire entendre, elles se joindraient à moi et vous solliciteraient avec bien plus d'instances encore que ne le fait votre pauvre mère.
« Cher William de mon âme, est-il besoin que je vous dise de vous élever au-dessus des nuages qui vous environnent? Vous savez assez que nous devons supporter ici-bas notre part d'épreuves, nous comme toutes les créatures humaines. Ceux qui souffrent le moins ne sont pas les plus à envier. Pour ma part, je regarderai toutes les peines que j'ai jamais endurées comme trop récompensées par le doux et inex-