‹ Elizabeth SetonChapitre 132 sur 185 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Maryland et l'on entra dans la Pensylvanie. Aux approches de Pittsburg, l'évêque avait les pieds ensanglantés et paraissait épuisé de fatigue. Ses compagnons, alarmés de le voir ainsi, prirent les devants sur lui , et se procurèrent un cheval, qu'ils lui amenèrent. Il refusa de s'en servir. « C'est au capitaine, dit-il, à donner l'exemple à ses soldats ; il ne lui est pas permis de se laisser vaincre en courage. »

A Pittsburg on acheta un bateau et l'on se prépara à descendre le cours de l'Ohio jusqu'à la ville de Louisville. La navigation offre des périls sur ce beau fleuve, à cause des bancs de sable et des îlots dont son lit est parsemé ; les missionnaires cependant n'eurent d'autres pilotes qu'eux-mêmes. Quand son tour était arrivé, l'évêque faisait son quart aussi bien que le dernier de ses prêtres.

Louisville est située à une petite distance de Bardstown. On ne s'y arrêta guère que le temps de demander quel chemin conduisait à cette dernière ville. M. Flaget et M. du Bourg tombèrent dans les bras l'un de l'autre, en versant des larmes d'attendrissement, lorsqu'ils se retrouvèrent. Ils s'étaient séparés huit ans auparavant, persuadés qu'ils ne se reverraient jamais en ce monde.

Afin de prolonger pendant quelques jours la sainte joie que les deux amis avaient de se re-

voir, il fat convenu que l'évêque de Bardstown accompagnerait l'évêque de la Louisiane jusqu'à Saint -Louis. Ils y arrivèrent le 6 janvier 1818. Tout le peuple de la ville, catholiques et protestants, se pressait autour de l'évêque, qui marcha droit à l'église, et fit entendre sa parole à son troupeau.

Saint-Louis , fondé en 1764 par les Français, comptait cinq à six mille âmes, catholiques pour la plupart. Le pays environnant était peuplé de catholiques descendants des Français possesseurs de la Louisiane , et des Canadiens émigrés. La ville, magasin général du commerce avec les Indiens de l'Ouest, située sur les bords d'un fleuve magnifique, au centre d'une contrée fertile, était promise à un avenir brillant. Mais le présent offrait peu de ressources. Au point de vue des établissements religieux, tout était encore à créer. Grâce au zèle de M. du Bourg, en moins de huit années, une vaste cathédrale, un séminaire, — Sainte Marie des Barrens — une maison d'école, — plus tard le collège des Jésuites, — la maison des Frères de la doctrine chrétienne à Sainte- Geneviève, la maison des dames du Sacré- Cœur et celle des Jésuites à Florissant, sortirent du sol du Missouri comme par miracle.

Ce qui est vraiment touchant, ce qui fait naître l'admiration, c'est que, tandis qu'il

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