CHAPITRE XXIll
beth Seton. M. Patrizio Filicchi, le digne fils d'Antonio, a fait revivre pour nous le souvenir qu'il conserve encore, après tant d'années, de la grâce et de la dignité qui formaient comme une auréole au front du vénérable M. du Bourg K Rempli de cette urbanité qui régnait dans l'ancien temps, bienveillant et doux à tous, on eût dit toutefois qu'il réservait pour les jeunes enfants ce qu'il avait en lui de plus aimable. Au milieu de la belle et nombreuse famille qui entourait Antonio Filicchi, l'éminent évêque, le savant docteur, se laissa voir ce qu'il était déjà quand, tout jeune prêtre, il avait été choisi par M. Emery, comme un des plus dignes , pour diriger les clercs de son école d'Issy, en se rendant maître de leurs cœurs.
Nous voici loin d'Emmettsburg. Peut-être on nous le pardonnera : nous n'étions pas loin d'Elizabeth, tandis que nous nous attachions aux pas d'un de ses amis les plus vénérés et les plus chers. Elle, vers la fin de cette année 1817, faisant abnégation d'elle-même, avait
1 Nous tenons d'une personne âgée qui, dans sa jeunesse, avait beaucoup vu, en Amérique, RI. du Bourg, et, en France, l'illustre archevêque de Paris M. de Quelen, que Tévéque de la Louisiane, par son aménité, son grand air, et l'ensemble de ses traits, rappelait U. de Quelen d'une manière frappante.
préparé le départ de son second fils , Richard , empressée qu'elle était de le voir répondre à l'appel d'Antonio Filicchi, Sous le coup d'une première séparation , à deux mois d'intervalle, elle allait voir s'éloigner son autre fils. William, en effet, cédant à une vocation irrésistible, entra dans la marine des États-Unis avec rang de midshipman *, son brevet signé par le président Monroe. A cette époque, il n'existait pas encore d'école navale aux États-Unis, C'était le président qui désignait les midshipmen ; d'ordinaire , sur la recommandation de quelque personne influente.
William allait s'éloigner, ignorant de la durée que pourrait avoir son absence ; dans la carrière qu'il embrassait les séparations se comptent par les années. Pour ses débuts, il était embarqué à bord de la frégate V Independence , alors en armement au port de Boston. Son trouble, son attendrissement, quand il sévit sur le point de quitter sa mère, sont exprimés d'une manière touchante dans cette lettre d'adieu qu'il lui adressa :
1 Midshipman. Les Américains ont adopté chez eux ce nom qu'on donne dans la marine anglaise aux aspirants employés à bord des vaisseaux de guerre; la plupart du temps, jeunes gens de famille et de bonne éducation, qui passent lieutenants de vaisseau quand ils ont fait de la mer l'apprentissage nécessaire.