CHAPITRE XXIII
heures. Pendant le jour, nous avons chacun notre quart dont la durée est tantôt de deux heures, tantôt de quatre heures. Il en est de même pendant la nuit. Mais comme nous sommes nombreux, nous n'avons un quart régulier, qu'une nuit sur trois. Maintenant à toute heure du jour ou de la nuit, nous pouvons être commandés pour un service à terre, ce qui fait que nous ne pouvons quitter nos embarcations sous aucun prétexte. Hier, a eu lieu mon second quart de nuit, de minuit à deux heures. »
Mars 181S.
« Mon enfant chéri, je reçois à l'instant votre troisième lettre ; et voyant que la mienne ne vous est pas encore parvenue, il me vient l'idée de vous envoyer celle-ci sous le couvert de M. de Gheverus, à qui j'écris pour une petite affaire.
« Jamais jusqu'à présent je ne m'étais trouvée abattue comme je le suis par ce triste départ. Je regarde cent fois le cher crucifix, et je me résigne. Mais trop souvent, c'est dans une telle agonie du cœur, que rien ne la suspend ; si ce n'est la peur que ce cœur ne se
brise avant votre retour , et la pensée que ma mort vous désolerait. Ne devrais-je pas plutôt vous dire : « Mon fils , persévérez comme vous avez commencé. Notre mutuel amour ne suffit pas pour vous établir en ce monde , pour vous donner l'indépendance et une situation.» — Ah ! il y aurait tant de choses que votre mère devrait vous dire ; mais elle est hors d'état de rien dire. P>.egardez en haut, fils bien-aimé de mon âme, levez les yeux vers les cieux si purs, vous y lirez ce que cette âme voudrait vous dire ; et vous y lirez aussi ce que vous diraient les âmes de nos bien-aimées que nous avons vues partir. — Vos veilles de la nuit, j'y pense bien plus, pendant mes nuits, que je no pense au sommeil ; et si vous saviez toutes les bénédictions que j'implore pour vous! Mais c'est se permettre par trop de vous parler de mon pauvre cœur, mon cher bien-aimé.
« M. Harper m'écrit la plus excellente des lettres, qui en renferme une autre à votre Commodore, avec tant de belles promesses pour vous, mon chéri. Il parle aussi de l'amitié qu'il avait pour votre père. Oh I la bonté de notre Dieu , sa bonté en tout ! »