CHAPITRE XXIIi
rien. Priez tous les jours notre Dieu, pour qu'il daigne vous en préserver ; je le demande de vous. Mettez-vous un instant à ma place, moi qui dois attacher mes regards si loin au delà de la scène présente, puisque cette scène d'ici-bas n'a rien à me réserver qu'une pénible séparation; oui, une inévitable séparation, fût-elle encore quelquefois adoucie par les moments fugitifs d'une réunion de courte durée. Mon enfant chéri, ayez pitié de mon anxiété; je ne saurais la réprimer; pas plus que je ne puis réprimer mes désirs pour notre éternelle réunion. »
Le mois de juillet de cette même année 1818 vit le terme du second triennat de la mère Seton. Les soeurs tinrent leurs élections selon que leurs statuts l'exigeaient, et confirmèrent d'une voix unanime leur vénérée fondatrice dans l'office de mère supérieure. On se souvient que sa seconde réélection, prévue longtemps à l'avance, avait été autorisée par une exception spéciale faite aux règlements de la Compagnie. Au moment oti ses supérieurs décidèrent qu'elle conserverait sa charge , elle se sentait dans le fond si malade et si alfaibUe, qu'écrivant à une des Sœurs et lui parlant de son élection, elle l'appelait « l'élection de la morte » . Si nous cherchons sa pensée dans ses lettres à son son fils, nous la trouvons très-clairvoyante,
mais soigneuse à voiler ses pressentiments sous de tendres précautions; ce n'est plus la, morte, c'est la mère qui parle. William est inquiet, il veut avoir de ses nouvelles; elle passe en les effleurant sur les détails alarmants : (( Tranquillisez-vous.... Je puis vivre encore.... Nul ne sait le jour, nul ne sait le moment, » dit -elle. L'incertitude de nos jours, cet effroi des cœurs épris du lien mortel, c'est là ce qu'elle vient offrir, impuissante à trouver mieux, lorsqu'elle veut écarter l'inquiétude qu'on a pour elle.
Un jour arrive, jour trop prévu, où William se voit obligé de lui annoncer une émouvante nouvelle. Il va quitter VIndependence, son premier bâtiment, et passer sur le Macedonian, une frégate destinée à une station de deux ans dans l'océan Pacifique. Le Macedonian devait partir vers la fm de septembre, ou dans les premiers jours d'octobre, afm de doubler dans la saison la moins défavorable le redoutable cap Horn, à l'extrémité de l'Amérique du Sud. «Avantde partir pour un si long voyage, disait le jeune officier, j'aurais une grande joie, mère chérie, si je pouvais aller passer quelques moments auprès de vous. Je soupire après vos nouvelles ; car j'espère apprendre que vous êtes parfaitement rétablie de cette dernière maladie que vous avez eue. S'il en était autre-