‹ Elizabeth SetonChapitre 157 sur 185 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

<( La pensée m'est venue tout à l'heure que ce serait intéressant pour vous d'avoir le mandement de M. du Bourg de la Louisiane. Je vais le joindre à ceci , et je ne vous écrirai que sur la moitié de ma page. Votre très-chère Amabilia, qui observe le carême si sévèrement, verra quelle misérable idée de la pénitence ils se font dans ce pays-là. Vous verrez aussi ce que fait le véritable, zélé évêque.

(( Notre saint Gheverus est mieux. Il avance par les progrès les plus heureux dans sa mission céleste. Notre pauvre petit grain de sénevé étend ses rameaux. On nous a écrit de New-York pour nous demander de venir et de prendre soin de huit cents enfants appartenant à l'école de l'État, en outre de l'asile des orphelins.

(( Aimez bien votre dévouée sœur, et priez pour elle. »

Cette lettre d'EUzabeth à Antonio, nous l'avons eue sous les yeux. Nous l'avons tenue longtemps avec attendrissement et respect. On y sent la main tremblante; l'écriture faiblement tracée se laisse lire avec peine. C'est presque la dernière lettre qu'Elizabeth écrivit. Ces échanges de sa pensée envoyée au loin lui demandaient un eflbrt qui la surpassait. Les élèves qui l'avaient quittée , mais que sa ten-

dresse suivait au loin bien au delà d'Emmettsburg, les parents des enfants confiés à ses soins 5 accoutumés à la régularité de ses lettres ravissantes , s'en virent privés désormais. Le cercle autour d'elle devenait plus étroit, les jours sur le dehors s'éteignaient : elle vivait beaucoup seule à seule avec Dieu les portes fermées.

Un soin qu'avait toujours aimé son cœur vigilant, était de visiter les élèves au moment des classes, et les malades à l'infirmerie de la communauté. Elle s'y adonnait encore avec la même tendresse: sa bonté, sa douceur, le charme incomparable de sa conversation et de toutes ses manières, maintenant comme autrefois, faisaient les délices et l'admiration de toutes celles qui l'approchaient. On sait combien sa conscience délicate s'était naguère effrayée de cette séduction si visible qu'elle exerçait autour d'elle, et des jouissances peut-être trop vives qu'elle y trouvait. L'irrésistible attrait de sa nature aimante et communicative rapprochait d'elle les âges les plus divers. C'était parmi les élèves à qui obtiendrait d'aller pendant quelques moments , aux heures de récréation , lui tenir compagnie. Aucun divertissement n'offrait à cette jeunesse un agrément comparable au charme de son entretieh.

Page 1