CHAPITRE XXIV
tion tout le temps de lire. Quelquefois elle parcourait des pages qu'elle connaissait par cœur. Nous l'avons vue , du temps qu'elle n'était encore que la petite Elizabeth Bayley , comme
« Longtemps j'avais langui sur mon lit de douleurs. Et déjà je sentais ma paupière brûlante S'abaisser sous le poids de l'àme défaillante; Mais soudain j'aperçois cette reine des fleurs.
De mes pleurs je l'arrose,
La douce et fraîche rose !
« Venais-tu remplacer la colombe en ce jour i '? L'Esprit-Saint t'aurait-il à ce dessein choisie ? Éclose au doux matin de la saison fleurie , Ton éclat, tes parfums, proclament son amour.
Oh! dis-moi s'il repose.
Fleur, sous ton voile rose ?
« Descends, céleste Esprit, demeure auprès de nous; Répands sur nous tes dons de grâce et de lumière. Comme au jour où tu vins vers Marie, notre mère, Vierge, mystique fleur du jardin de l'Époux,
Dont le regard se pose
Toujours sur cette rose !
Et toi , fleur d'ici-bas , pourpre , suave odeur, D'amour et de piété dans nos cœurs sois l'image. Adorons l'Éternel en voyant son ouvrage. Lui, l'auteur de tout bien, le divin Créateur,
A l'aimer nous dispose.
En nous donnant la rose ! »
1 Un des jours de la Pentecôte.
elle recueillait avec amour les passages qui la frappaient dans ses lectures si variées et si nombreuses. Elle feuilletait maintenant ses vieux cahiers , et d'autres encore , qui lui venaient d'un passé moins lointain. Depuis tant d'années qu'elle n'avait vécu que pour ses Sœurs, c'étaient des volumes qu'elle s'était formés de ce qu'elle avait copié dans les meilleurs auteurs pour leur être utile ^ Sa Bible était près d'elle toujours, avec ses marges couvertes de notes qu'elle y avait écrites à toutes les époques de sa vie. Précieux livre ! elle le laissa à M. Brute, quand elle mourut; et ces notes que sa main y avait tracées, il y recourait souvent, lorsqu'il faisait à ses
1 « Elle ne vivait que pour ses Sœurs et pour ses saints devoirs, traduisant continuellement pour elles nos meilleurs livres français, et copiant tout ce qui pouvait leur être utile.» Lettre de M. Brute à Antonio Filicchi, 5 mai 1821. — Ce qu'Elizabeth avait traduit du français en anglais est considérable. Nous citerons entre autres ouvrages : La Vie de saint Vincent de Paul, in-4°. — La Vie de mademoiselle Legras. — Les Antiennes de l'Âvent, par Avrillon. — Le Traité de la Virginité de saint Ambroise. — Le Traité de la 'paix intérieure, par le P. Lombez. — Divers passages du P. Bertliier. — Plusieurs fragments de la Vie de sainte T/iérèse. — Le commencement de la Vie de saint Ignace de Loyola. — Plusieurs fragments du P. Judde. — Une partie des Conférences de saint Vincent de Paul. — Une partie des Conférences de saint François de Sales.