‹ Elizabeth SetonChapitre 161 sur 185 · CHAPITRE XXIV îïfi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV îïfi

de plus grande épreuve, comme il l'est toujours pour les personnes souffrantes. Elle vécut plus repliée en elle-même , plus absorbée encore dans la pensée de la vie future. « L'éternité , écrivait - elle à une de ses amies , oh ! comme elle me paraît proche maintenant ! Pensez- y, ma bien chère; pensez -y, vous aussi, quand vous êtes oppressée par l'ennui. Oh! qu'il durera longtemps ce beau jour sans nuit! Qu'elle durera longtemps cette belle nuit sans jour! Puissions-nous la passer à louer, à bénir, à adorer à jamais ! »

Elle pesait tout dans la balance de la foi : adversité, prospérité, la maladie, la vie, la mort, les poursuites humaines, les ambitions, les projets. — « Je ne vois plus rien en ce monde que l'azur du ciel et nos autels ; tout le reste ne mérite pas qu'on y fasse attention. Nous parlons tout le long du jour de ma mort, de la manière dont il se pourra qu'elle arrive, comme on parlerait de toute autre affaire de la maison. Qu'est-ce, en effet, autre chose? Que sommesnous venus faire en ce monde?... Pourquoi nous y sommes-nous attardés si longtemps , si ce n'est pour cette dernière , grande et éternelle fin?... Elle me paraît si simple quand je regarde le crucifix... Un cercueil, quelques mottes de terre, une tombe!... Quelle vie, en vérité !

« Si je me voyais parvenue à la dernière étape sur ce chemin de souffrances, si j'entendais l'écroulement des murs de ma prison, je ne sais vraiment pas comment je pourrais supporter ma joie. Aller dans la patrie, y être appelé par sa volonté, quel transport de bonheur! Mais, dira-t-on , vous n'avez donc pas peur de mourir? — Il est vrai, une pécheresse comme moi devrait avoir peur ; mais je serais plutôt portée à craindre de vivre, car je sais bien que chacun de mes examens du soir me force d'ajouter au compte que j'aurai à rendre et au poids de ma dette. Je ne crains pas la mort moitié tant que ma chétive et détestable personne. »

Elle se vit forcée de garler le lit ; son état de dépérissement avait fait place à de vives souffrances. Pendant plusieurs semaines qui se passèrent ainsi, on ne remarqua aucune altération, nous ne dirons pas de son humeur, mais de son aménité et de sa grâce.

Jamais aucune plainte ne s'échappait de ses lèvres , et sans les gémissements que la douleur lui arrachait pendant son sommeil , on ne se serait pas douté de ce qu'elle supportait. Au plus fort de ses souffrances , s'il arrivait seulement que la nature accablée laissât paraître quelque tristesse -involontaire, elle se le reprochait , et avait hâte de se purifier par la grâce

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