CHAPITRE XXIV 3S
s'enfuit la colomhe, et je m'en irai vers le lieu de mon rejjos '... Souvenez-vous de moi, et si vous aimez la pauvre vieille Mère, priez pour elle. » S'attendrissant elle-même des larmes et des sanglots de l'enfant, elle l'attira sur son cœur, l'embrassa tendrement : « Ce n'est pas pour toujours que nous nous quittons, lui ditelle. Quelques années bien vite écoulées, ma chérie, et nous serons réunies pour ne plus nous quitter jamais. Encore une fois, que la la bénédiction de Dieu soit sur vous ! »
Pénétrée du sentiment de l'immensité de Dieu, même avant d'avoir devant elle son éternité si rapprochée, elle n'avait plus mesuré ni l'espace, ni le temps, d'après les calculs humains. (( Qu'est-ce que la distance, qu'est-ce que la séparation, quand notre âme, plongée dans l'océan de l'infini, voit tout dans le sein de Dieu? Là, il n'y a plus ni Europe ni Amérique. Notre Dieu, c'est notre tout. »
« Il est notre tout. — Dieu seul est tout. » C'étaient là ses expressions habituelles, et encore: « Mon Dieu est infini, et je ne suis, moi, qu'un atome. »
Paix, amour, confiance; ces sentiments grandissaient en elle à mesure qu'elle approchait de sa fin. Ils lui inspiraient sa réponse la plus or-
1 Quis dabit milii peuaas sicut columbœ, et volabo, et requiescam? Ps. liv.
dinaire aux questions sur son état, dont elle tâchait qu'on s'occupât le moins possible : How are you Mother? « Quiet. » — Et souvent: « Very quiet. » Mère, comment êtes-vous? — « Tranquille. y> — Et souvent: « Très -tranquille. » — Rien ne saurait rendre l'affliction des Sœurs, inconsolables delà perdre à un âge encore éloigné du terme où la vie s'éteint d'ordinaire. Elle imposait silence à leur douleur. « Que sa volonté soit faite , que sa sainte volonté soit faite , » disait-elle.
La paix et le calme dont elle jouissait ne naissait pas d'une confiance présomptueuse. Elle avait une frayeur sainte des jugements éternels, des peines dues au péché, et du poids de sa propre dette ; mais l'emportant sur la frayeur, l'amour surnageait. Son Dieu lui faisait la grâce d'incliner son cœur plutôt vers l'amour que vers la crainte. Si les sentiments de frayeur prenaient le dessus, promptement, sans faire effort, d'une pente naturelle, elle allait demander refuge à Celui dont la justice l'effrayait. « Avez -vous peur de Dieu, disait saint Augustin, jetez-vous dans ses bras. »
Le Maître qu'elle avait bien servi, le cher Seigneur qu'elle avait tant aimé toute sa vie, semblait déjà la favoriser de la douceur de sa présence. « Je ne souffre pas, disait-elle. Je suis faible, il est vrai; mais chaque jour se