CHAPITRE XVI
annonça à la mère Seton qu'il croyait de son devoir de faire transporter chez elle son fils aîné, William, atteint d'une fièvre nerveuse qui demandait tous les soins de la vigilance maternelle. Si l'on se fiît rendu compte à Baltimore de la situation oiJi se trouvait alors la maison d'Einmettsburg, assurément on n'y aurait pas envoyé un malade de plus. Tout y faisait défaut, ressources, médicanients, médecins. Ls pauvre enfant y était arrivé bien malade ; son état n'y pouvait (ju'empirer. Bientôt on le vit si mal, cfu'on demanda pour lui les derniei'S sacrements , et qu'on le dis[)0sa à bien mourir On attendait son dernier soupir d'un moment à l'autre. Les Sœurs s'occupaient des funèbres apprêts qui suivent la mort. Sa tante Henriette aidait à préparer son linceul ; mais contrairement à toutes les prévisions humaines, il plut à Dieu de rendre la santé à l'enfant, tandis que le linceul qu'on lui destinait enveloppa les restes mortels de celle qui en avait cousu les plis.
Pendant qu'elle veillait tour à tour auprès de son neveu, le jeune William, et de sa sœur Cecilia, elle aussi, malade désespérée, Henriette fut saisie d'un mal violent qui eut bientôt le caractère d'une lièvre cérébrale de la plus mauvaise nature. Le danger survint, d'une rapidité foudroyante. A peine eut on connu dans
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la maison la nouvelle de sa maladie, qu'elle se trouvait déjà « toute vive et tout entière entre les bras de la mort. »
L'admiration que sa rare vertu avait fait naître autour d'elle s'accrut encore, alors qu'on vit l'anéantissement de son être, ne servant qu'à faire éclater le triomphe de sa foi. La fièvre desséchait ses lèvres brûlantes, le battement de ses tempes indiquait la violence des douleurs qu'elle avait à la tête, tandis qu'absorbée , dès le premier moment , par l'excès même de ses souffrances, elle était demeurée sans parole, les yeux fermés, et paraissant ne rien sentir. C'était déjà l'immobilité , c'était le silence effrayant , qui succède à la vie disparue. Mais il suffisait qu'on lui parlât de Dieu, du ciel , de la sainte Yierge , et sa connaissance éteinte se ranimait. Au seul nom de Jésus, au nom de Marie , on la voyait faire effort pour relever ses paupières abaissées; elle essayait de soulever sa main , et de la porter à son front avec le signe de la croix. Dans un moment de trêve à ses douleurs, elle recouvra la pleine possession de son esprit. Ce fat pour demander à recevoir la sainte communion. Peu de temps après, le délire s'empara d'elle. On entendait difdcilement les mots entrecoupés, les paroles incohérentes qu'elle murmurait; mais on comprenait toujours que même les divagations de