CHAPITRE XVI
i'arni qui lui était cher. Pleurez , pleurez ! laissez saigner ce cœur blessé, Elizabeth. Laissez qu'on dise autour de vous : « Elle pleure l'amie qu'elle a perdue : voyez combien elle l'aimait ! »
Les restes précieux d'Henriette, accompagnés de toutes ses compagnes, furent transportés à l'entrée de la forêt, à la place qu'elle avait indiquée elle-même. C'était quelques mois auparavant, par une belle journée de l'été. Tout dans la nature était sourire et fête; la mère Selon avait invité les Sœurs à faire ensemble une promenade du côté de la vallée d'Emmettsburg. Comme elles s'en revenaient vers la montagne , elles s'étaient arrêtées aux travaux de l'habitation qu'on leur construisait.
« Rien ne manquera dans notre vallée , avait dit Elizabeth : pour ce temps de mortalité voilà bien tout ce qu'il nous faut... Mais où reposerons-nous après? ajouta-t-elle. Nous n'avons pas encore choisi le lieu de notre repos. » — On s'était mis alors à la recherche. Les avis se partageaient. Henriette, peu attentive en apparence à ce qui se disait autour d'elle, s'était arrêtée sous l'ombre d'un grand chêne dont le branchage s'étendait jusqu'à terre, aussi vieux que le sol qui le nourrissait. Elle tenait une petite pomme dans sa main , qu'elle s'amusait
à faire sauter comme une balle en l'air. Tout en jouant et en riant, elle la lança contre l'arbre: « Voilà ma place, » s'écria- 1- elle à haute voix; paroles prophétiques dont on se souvint après sa mort. Quatre mois à peine s'étaient écoulés, que ses compagnes la reconduisaient sous son chêne, étendue dans son cercueil. Elle repose maintenant à la place qu'elle avait choisie ; elle , la première arrivée parmi celles qui sont venues dormir du sommeil de la faix dans la vallée de Saint- Joseph.
ELIZABETH SETON A M. WEISE 1
Dimanche soir, 7 janvier 1810.
« Mon ami ,
« Votre bonne lettre a été, comme le sont toutes vos lettres, la très-bien venue. Pour moi, si je ne vous ai pas écrit, c'est par de tristes motifs; j'étais affligée, malade, abattue. C'est
1 M. Wcise était un gentleman qui demeurait dans le voisinage du séminaire de Baltimore. Lui et sa femme étaient entrés en relation avec Eiizabeth Seton au moment de son arrivée, et lui témoignaient depuis lors un véritable attachement.