CHAPITRE XVI
là ce qui devra souvent avoir lieu , et il faudra que vous me le pardonniez. Vos peines, je le vois, sont comme les miennes, multipliées. Ainsi le seront vos consolations, quand cette sombre nuit que nous appelons la vie sera passée. Je ne deviens pas bien forte, du côté de la santé ; mais l'âme est si bien en liberté , que tout, excepté l'éternité, ne me semble plus qu'un songe.
« Soyez bon, monsieur Georges, soyez bon ! et dites à votre chère petite femme que je pense à elle et prie pour elle, continuellement; dites -lui aussi qu'il faut qu'elle prie pour que je sois bonne, afin que mes prières soient acceptées. Quant à vous, j'espère que votre croix ira croissant jusqu'à ce qu'elle vous purifie comme l'or le plus pur. Quel malheur ce serait, si , connaissant si bien toute la valeur de ce trésor que vous possédez, vous ne le laissiez pas produire en vous ses effets ! Car vous n'êtes pas sûr que vous seriez sauvé, sans cette croix précisément; celle-là seule; qui est, je le sais bien , dure h supporter, mais qui pourrait être plus dure encore , si on la mesurait à ce que nous devons souffrir pour l'amour de notre adoré Seigneur.
« Dites à notre très -cher Père que nous toutes à saint Joseph nous avons adopté sa devise : Des forces assez , pour mériter par le
42 rLlZABETII SETON
travail; des fautes assez, pour expier par la souffrance. Vous allez être en peine pour Annina. L'état où elle est n'offre pas de danger pour le présent, je l'espère; mais son mal est très-persistant; la fièvre est continuelle. La bonne Suzanne se rétablit. Petite Marie est toujours malade. Dites à notre cher Père que la pensée d'avoir toujours part, nous toutes, à ses prières en la présence de notre adoré Seigneur est ma plus grande consolation. Mes meilleures tendresses à votre chère Minon '. Ayez confiance. Ne souffrez pas un seul instant que la comparaison entre le temps et l'éternité échappe à votre pensée. Je trouve qu'en elle est le remède de tout chagrin. L. J. C. -, Béni. Adoré. »
Cet hiver que l'on traversait quand Henriette mourut était d'une rigueur inaccoutumée. Les Sœurs en souffrirent beaucoup lorsqu'elles changèrent de demeure pour la seconde fois et se transportèrent dans la vallée. Elles y arrivèrent le 20 février. Leur maison, construite en bois, à deux étages, était agréablement exposée du côté du inidi. Au milieu était le corps de logis principal , occupé par les
1 Mme weise.
2 Laudetur Jésus Christws. Loué soit Jésus-Christ.