CHAPITRE XVI
savait prochaine. Rien ne détournait son esprit de la pensée du ciel. Sa ferveur, son union avec Dieu augmentaient à mesure que la souffrance la détachait des captivités de la terre. Quelques lignes tracées de sa main, peu de semaines avant sa mort , nous feront voir à quelle hauteur de perfection elle était déjà parvenue.
l"' février 1810.
« Aujourd'hui, je suis toute à l'idée que je ne verrai pas la fin de ce mois. On me dit que je vais me rétabhr; mais moi je pense que le reste de mon exil sera très -court. Dieu soit béni!... Et cependant, quelle chose étrange! je suis triste et abattue. Je soupire après le moment où cette enveloppe mortelle étant brisée, mon âme ira reposer dans le sein de son Dieu; en même temps, je redoute le moment qui s'approche... Gomment en est-il ainsi? C'est que je pense au jugement qui suivra la mort. Les saints eux-mêmes y pensaient en tremblant : moi donc que ferai-je! Ils se confiaient en la miséricorde de leur Dieu. Ah ! si je n'avais cette confiance que m'inspire mon Jésus, que deviendrais-je! Je ne vois souvent devant moi que ténèbres et que tristesse ; mais c'est alors que l'âme s'attache étroitement à son
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adoré Seigneur, étroitement, plus que jamais ! »
« Le mois de février est passé, et ma pauvre machine ébranlée est encore debout; mais je sens d'un cœur joyeux, — d'où ce changement peut-il venir? — je sens que je m'affaiblis tous les jours , et je suis heureuse en pensant que quelques semaines mettront fin à tout. Que m'est le monde entier aujourd'hui?... Le voilà qui s'évanouit comme une fumée... Jour, nuit , soleil , pluie , ce m'est tout un ; mes regards sont fixés sur le jour éternel. La souffrance est devenue mon repos. Jamais mes nuits ne s'écoulent plus doucement que lorsque je les passe dans la veille et le malaise. Mon très-cher Seigneur, que vous êtes bon pour moi ! Vous avez véritablement exaucé ma prière en me donnant de souffrir pourvous, afin d'expiermes offenses; et de pouvoir espérer que, l'heure de la mort étant venue, je passerai de ce monde entre les bras de votre miséricorde. Oh ! combien est précieuse maintenant chaque heure du temps qui me reste ! Pas un instant n'en doit être perdu! Chaque pensée, action, parole, ne doit plus tendre qu'à un seul objet.