CHAPITRE XVll
sion de Saint-Lazare, auquel la direction de la Compagnie des Filles de la Charité appartient, d'après le règlement donné par saint Vincent de Paul. C'était de ce supérieur général que M. Flaget espérait obtenir, non-seulement la copie authentique des statuts rédigés par le saint fondateur, mais encore l'envoi aux États-Unis de deux ou trois servantes des pauvres, expérimentées, prudentes, pieusement formées à l'esprit de la règle ; en mesure, en un mot, d'initier la communauté d'Emmettsburg aux traditions de la maison-mère. Demander dès l'abord de pareilles faveurs , espérer qu'on obtiendrait des Sœurs pour une fondation si nouvelle et si lointaine, c'était peut-être se montrer bien ambitieux. On se flattait cependant de ne pas rencontrer de refus; car, à ce moment, la situation prospère et tout exceptionnelle de la Compagnie des Filles de la Charité, en France, lui permettait d'être généreuse.
A l'époque de la révolution , alors que toutes les associations religieuses avaient été supprimées par mesure générale, la sainte congrégation fondée par saint Vincent de Paul et mademoiselle Legras ' fut la seule qui réussit
1 Louise de Marillac, veuve de M. Legras, seigneur de Ferrières, secrétaire de la reine Marie de Médicis. — Bien
60 ELIZABETII SETON
à conserver, même aux plus mauvais jours, une existence active, bien que cachée. La Providence avait permis qu'elle eût alors à sa tète, comme supérieure générale , une personne douée d'une grande force d'âme, d'une haute intelligence, et d'une prudence consommée, qu'elle avait acquise dans le long exercice des vertus de son état. La sœur Deleau , entrée à l'âge de dix-huit ans dans la compagnie, et alors âgée d'environ soixante ans, avait à la fois le courage qui résiste à l'effort de la tempête, et la persévérance qui sait réparer les désastres. Tant que dura « l'orage de sang » , sa vie fut plus d'une fois en péril. Elle voulut être la dernière à quitter sa communauté ; elle fut la première à y reparaître, sitôt que la Terreur eut cessé. Un assez grand nombre de Sœurs s'étaient déjà rassemblées autour d'elle à Paris, lorsqu'une mesure qu'on n'eût pas attendue des hommes qui gouvernaient alors, vint donner à la compagnie une existence légale.
que cette vénérable coopératrice de saint Vincent de Paul ait été mariée et mère, l'usage s'est toujom's conservé de la désigner comme au temps où elle a vécu. On donnait à cette époque la qualification de Mademoiselle aux femmes ou filles qui avaient de la naissance, et qui sortaient de pères considérables dans la robe ou dans l'épée ; tandis que la qualification de Madame , considérée comme un titre d'honnenr, était exclusivement réservée aux femmes de qualité.