CHAPITRE XVII
prions-le les unes pour les autres, afin qu'il nous accorde la grâce de correspondre fidèlement au privilège inestimable que nous avons reçu de lui. Ayons recours à saint Vincent de Paul, notre père, à mademoiselle Legras, notre mère vénérée , afin qu'ils nous obtiennent ce bonheur, à nous, qui sommes leurs chères filles. Il n'y a pas de doute que nous leur sommes chères, puisque nous les aimons et que nous désirons leur être soumises.
« Gomme M. Flaget a dû vous dire les sentiments que son zèle et l'intérêt qu'il vous porte nous ont inspirés, je termine, chères sœurs qui serez bientôt nos compagnes , en vous assurant du sincère et entier dévouement et respect de votre très-humble servante ,
« Marie BIZERAY,
« Indigne Fille de la Charité, servante des pauvres. »
Cette lettre était signée de deux autres noms, celui de la Sœur Woirin et celui de la Sœur Augustine Chauvin, qui devaient accompagner la Sœur servante Marie Bizeray. Ces pieuses filles ne doutaient pas que la Providence ne les réservât pour la mission d'Amérique ; mais
l'espérance qu'elles avaient de s'y dévouer ne se réalisa pas. Un étrange empêchement les retint : le gouvernement refusait de les laisser sortir de France.
La persécution contre la religion et contre le clergé sévissait alors dans l'empire français. L'année précédente, le 17 mai 1809, Napoléon, par un décret, avait réuni le domaine de l'Église à sa couronne. Quelques semaines plus tard, le 6 juillet, le pape violemment enlevé de son palais , séparé de ses cardinaux et de ses conseils, était emmené au loin pour subir les rigueurs d'une étroite captivité. En France , les prisons d'État, plus nombreuses que jamais, se remplissaient chaque jour de prêtres, de chefs d'ordre, de prélats, de cardinaux, coupables de fidélité aux saintes lois de l'Église. Consulté en haut lieu , en ces temps de calamité, M. Emery , le supérieur de la compagnie de Saint-Sulpice, n'avait pas craint de tenir tête au maître altier devant qui l'Europe tremblait. Napoléon, par un caprice assez étonnant chez lui, avait d'abord ménagé son courageux contradicteur. Cet humble prêtre qui lui résistait, inflexible dans ses principes et dans sa doctrine, il l'avait gratifié de quelques paroles d'estime ; toutefois , après un délai de quelques mois, il le châtiait de sa ferme attitude, en le frappant dans ce qui lui tenait le plus au cœur,