CHAPITRE XVII fi
l'existence de sa compagnie. Le 11 juin 1810, un ordre expédié de Saint-Cloud, et transmis par le ministre des cultes, avait exclu les Sulpiciens de leur maison de Paris; l'année d'après, leur compagnie était totalement supprimée '.
Le contre- coup de la défaveur qu'avait encourue M. Emery, atteignait, dans une ville éloignée , trois pauvres filles qui n'avaient désiré d'autre liberté que celle de partir pour les États-Unis. Elles étaient devenues suspectes, parce qu'elles avaient été demandées par l'intermédiaire d'un évêque missionnaire que d'étroits liens unissaient à cette compagnie de Saint-Sulpice, signalée par son dévouement au saint-siége.
M. Emery avait craint pour M. Flaget luimême les mesures arbitraires du régime impérial. Au commencement de l'année 1810, il s'exprimait ainsi dans une lettre qu'il adressait à son vénérable ami, M. Nagot, le supérieur du séminaire de Sainte -Marie de Baltimore : a Nous ne sommes pas sans craintes pour la facilité du départ de M. Flaget pour
1 M. Emery ne survécut pas longtemps au premier coup porté à la Compagnie de Saint-Sulpice. Il mourut le 28 avril 1811, dans sa quatre-vingt-unième année. Le décret qui or.lounait la suppression de la Compagnie fut notilié aux directeurs du séminaire de Paiis au mois de novembre 1811.
l'Amérique. Tout est si incertain, si variable... La crise que nous traversons est affreuse; je n'ose entrer dans les détails '. »
Fort heureusement, M. Flaget put s'embarquer. Lorsqu'il partit au mois d'avril -, il était confiant dans l'espoir que la Sœur Bizeray et ses deux compagnes ne tarderaient pas à suivre le même chemin que lui. Il rapportait pour la communauté d'Emmettsburg une copie des statuts donnés aux Filles de la Charité par saint Vincent de Paul. Moins heureux d'autre part dans les démarches qu'il avait faites pour lui-même, il s'en retournait en Amérique chargé du fardeau de l'épiscopat. On eût dit qu'il n'était venu de Baltimore à Paris que pour recevoir de son supérieur l'ordre de se résigner au choix qui le désolait. Les premières paroles de M. Emery à ce nouvel arrivé qui paraissait devant lui après une absence de seize années , avaient été cette froide exclamation : « Quoi! Monseigneur, vous voilà ici? Vous devriez être dans votre diocèse. » Déconcerté, n'espérant rien gagner après cet accueil, M. Flaget avait écrit au pape lui-même. Le pape avait confirmé sa première décision. Ce fut M. Emery qui reçut la réponse, avec mis-
1 Voir Vie de M. Emery. Paris, 1862 (déjà citée).
2 Avril 1810.