CHAPITRE XVII
sion de la transmettre, et d'adoucir le chagrin qu'elle devait causer à M. Flaget. Comme celui-ci ne dissimulait pas son effroi de la tâche qui lui était imposée, et qu'il alléguait son peu de capacité, ses goûts de silence et de vie cachée: oc Pourquoi tant de répugnance, lui dit le vénérable supérieur, pour remphr un siège dans le désert? Vous ne serez guère que Vévêque des bois! » Il n'y avait plus d'ailleurs à hésiter, le commandement du vicaire de Jésus-Christ était formel; M. Flaget courba la tête en signe de soumission. M. Emery, le voyant ainsi résigné, l'embrassa tendrement, et prit à cœur de le dédommager de la sévérité qu'il lui avait d'abord témoignée.
Le séjour que M. Flaget fit en France dura environ six mois. Sur le point de s'embarquer pour se rendre à son diocèse, il vint prendre congé de M. Emery. Les adieux qu'ils se firent furent remplis d'effusion de part et d'autre. Au moment de la séparation, l'illustre supérieur général fit à Vévêque des bois deux présents d'une espèce singulière : c'était une boîte et un livre. La boîte contenait des aiguilles, le livre avait pour titre : La Cuisinière bourgeoise, a Monseigneur, lui dit-il avec une agréable gaieté, ces aiguilles pourront vous être grandement utiles au milieu de vos Sauvages; et comme je me défie de leur cuisine,
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prenez encore le livre que voici *. T) — Dans sa vieillesse, M. Flaget se rappelait ce trait avec bonheur. Nous n'avons pu résister au plaisir de le raconter. Il montre d'une manière touchante celte aimable simplicité de cœur qui d'ordinaire ajoute sa grâce et son charme aux vertus éclatantes des plus éminents serviteurs do Dieu.
Cinq prêtres français et un jeune diacre s'étaient offerts à M. Flaget pour le suivre dans son voyage et se consacrer à l'apostolat sur la terre d'Amérique ; parmi eux était M. Brute de Remur, qui devint plus tard évêque de Vincennes dans l'Indiana. Nous le retrouverons bientôt attaché comme assistant à M. Dubois, le supérieur de la maison des Sœurs de Saint- Joseph. La petite colonie s'embarqua sur un navire à voiles dans le port de Bordeaux. Sa traversée dura quatre mois, et ne fut pas sans péril. Le navire qui la portait fut arrêté deux fois par les croiseurs anglais. Deux fois il fut relâché en considération de l'évêque nommé de Bardstown. On était alors au plus fort des rigueurs du blocus continental et des représailles exercées contre la marine française par la puissante Angleterre.
La communauté de Saint -Joseph reçut ses
1 Voir la Vie de M. Emery.