CHAPITRE XYIIl
la Providence de lui accorder ce qu'elle se refusait à elle-même avec une touchante abnégation.
Un des évoques que son propre sacre avait appelés à Baltimore, M. Egan, avait d'étroits liens avec la société des Sœurs de Saint-Joseph. Une nièce à lui , M"e Marie Egan , s'était mise depuis quelques mois sous la direction de la mère Seton. Le désir de voir cette jeune nièce avant de partir pour son diocèse, l'intérêt qu'il portait comme prêtre à la première communauté de femmes née sur le sol des États-Unis, le projet qu'il avait conçu déjà, et qu'il réalisa quatre ans plus tard , d'établir des Filles de la Charité à Philadelphie, tous ces motifs l'engageaient à faire une visite à Emmettsburg. Naturellement il n'ignorait ni la part que M. de Gheverus avait eue à la conversion d'EHzabeth, ni l'intérêt que le saint évêque portait à tout ce qui la concernait. La pensée lui vint de l'inviter à l'accompagner dans le petit voyage qu'il comptait faire. M. de Gheverus, bien que pris à l'improviste, y consentit avec bonheur.
Son départ a lieu sans délai. On arrive à Emmettsburg. Plus vif, peut-être plus empressé que son compagnon de voyage, il le devance, et vient frapper à la porte de Saint- Joseph. L'instant d'après, la mère Seton est prévenue que quelqu'un est là , qui voudrait la
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voir au parloir. Sans demander qui l'y appelle, elle se hâte de s'y rendre. — Quel est cet inconnu , qui sourit à son approche?... Elle attend qu'il lui parle. Son air est à la fois doux et grave. On dirait qu'il est attentif à la regarder.
Un peu surprise, elle interroge sa mémoire. — N'oublie-t-elle pas? — L'aurait-elle aperçu déjà, cet étranger? Ces traits qui semblent inconnus, ne devraient-ils pas réveiller quelque souvenir dont la trace s'est effacée?... Mais avant qu'elle se soit fait à elle-même la réponse qu'elle cherche : « Je suis , lui dit l'étranger, je suis M. de Cheverus. » A ce nom vénéré, la joie, le saisissement s'empare de toute sa personne. Elle tombe à genoux , elle prend la main du saint évêque, elle ne peut détacher ses regards de ce visage paternel. Des larmes tombent de ses yeux, et elle ne sait pas qu'elle pleure. Elle veut parler, son émotion lui a ôté la voix. Elle demeure ainsi pendant longtemps, muette, immobile à la même place, la plus émue du monde et la plus heureuse, jusqu'à ce qu'enfin elle surmonte cette impression si vive de surprise et de bonheur.
Les enfants de l'Église catholique les connaissent tous, ces précieux entretiens où le cœur se confie et s'éclaire ; où la confiance