‹ Elizabeth SetonChapitre 47 sur 185 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

rencontre l'intérêt; la douleur, la consolation ; la joie légitime , une afïéctueuse sympatiiie ; la docilité, une pieuse direction. Tout ceci se trouvait réuni, et rendit bien doux l'entretien qu'eut la mère Seton avec M. de Gheverus. Les sujets qui la pouvaient toucher furent tous abordés et approfondis ; ses obligations envers la communauté, ses devoirs envers ses enfants, ses inquiétudes, ses sollicitudes, et sa conduite à tenir au milieu de difficultés inattendues qui s'amassaient en ce moment autour d'elle, pareilles à de sombres nuages. Aucune parole écrite, aucune lettre, si longue qu'ede fût, n'eût remplacé quelques instants d'une intimité si parfaite.

Ce fut encore pour Elizabeth un grand bonheur de demander pour ses enfants la bénédiction de son vénérable ami. Au moment où elle le vit étendant sa main sur leurs jeunes tètes, elle le supplia de ne pas les abandonner si Dieu venait à les priver de sa présence icibas. Sa santé , d'ordinaire assez frêle , était alors très -ébranlée, et son cœur inquiet lui faisait craindre d'être rappelée de ce monde avant d'avoir accompli jusqu'au bout sa tâche maternelle.

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ANTONIO FILICCIII A ELIZABETH SETO.N

Livoumcj 29 mars 1811.

« Ma chère et meilleure sœur et amie ,

€ Le révérend M. Zocchi m'a remis au mois de septembre dernier vos deux excellentes lettres, datées, l'une du 8 novembre 1809, l'autre, des 20 et 22 mai 1810. Aussitôt, et bien volontiers, sur votre requête, je lui ai fait payer les mille dollars qu'il vous avait laissés pour les échanger contre somme égale tirée sur nous.

« C'est une pensée qui ne pouvait naître assurément, qu'après tant d'offres et de protestations, mon. frère Filippo, -^ dont je regarde la santé comme parfaitement rétablie maintenant, — et votre frère Antonio, — solide de santé autant que possible, avec son Amabilia et ses sept enfants, — auraient pu ne pas répondre à votre appel. Ils savent à quel objet et à quel usage est employé votre argent. Aussi, puisque la Providence leur en donne le moyen, ils ne retireront certes pas leurs promesses.

« Nous vous confirmons de nouveau l'assu-

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rance que nous vous avons donnée de notre désir de vous aider en toute difficulté qui pourrait survenir, et de prendre part à vos charges autant que cela sera dans nos moyens. Chassez loin de vous toute timidité, parlez à votre frère des besoins d'une sœur, et confiez -vous en Celui qui sait vêtir l'herbe des champs et nourrir les oiseaux du ciel.

ce Nous nous réjouissons avec vous , le plus sincèrement, des progrès de votre sainte et si utile institution, sous la protection de votre digne archevêque Carroll. Nous lui souhaitons toute espèce de succès, que du reste nous espérons et attendons complètement de votre zèle et de vos exemples. Quant à ce dont vous me parlez dans vos lettres, de dispositions que nous prendrions pour être investis d'une part de propriété dans les bâtiments que vous allez construire , nous vous demandons de nous excuser, mais cela ne nous paraît pas chose possible.

« Le révérend M. Zocchi, qui doit vous remettre ce mot, m'excusera auprès de vous pour la brièveté de cette lettre, après un si long silence. Mais la faute en est à lui; car la lettre qu'il m'adresse de Paris me presse et me laisse à peine assez de répit pour que je prépare mes lettres , en sorte qu'elles lui arrivent avant qu'il ne s'embarque à Brest. Si j'étais jamais assez

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heureux pour revoir encore votre terre de liberté et de paix , vous auriez un vrai et chrétien ami et frère auprès de vous en Amérique, pour compenser la perte de ceux qui , par leur désertion , se montrent bien peu dignes du nom de chrétiens.

« Groyez-moi sincèrement et à jamais.

« Votre, etc. etc. »

c( S'il vous arrivait de voir l'évêque Cheverus et le docteur Matignon, veuillez, je vous en prie, me rappeler à eux. Qu'ils soient vos guides tous les deux, en tout. Ils sont des anges. Ils sont l'honneur de la France et la bénédiction de la Columbia '. »

ELIZABETH A ANTONIO FILICCHI

24 juin 18H.

« Mon cher, mille fois cher Antonio ,

c( Vous ne pouvez vous faire une idée de ma joie en apprenant enfin de vos nouvelles, et de celles de vos bien-aimés et de notre Filippo,

1 La Columbia, l'Amérique. Antonio Filicchi donne au Nouveau-Monde le nom qu'il devrait porter, en honneur de celui qui en fit la découverte.

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