‹ Elizabeth SetonChapitre 51 sur 185 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

vent soupiré quand j'étais dans le New-Yoïk. Tout considéré , la balance penche de son côté, et je suis plus active de corps et d'esprit que vous ne pourriez le croire. Il me souvient du docteur Tutilli , de Livourne ; il avait coutume de dire de Al'"" Filicchi, qui paraissait toujours mourante : « Elle vivra plus longtemps que moi, — remarquez que lui était en parfaite santé, — parce que l'esprit la soutient ! » Et, en effet, lui est parti depuis longtemps, tandis qu'elle est là, et toujours la même. L'esprit me soutient, moi aussi, bon ou mauvais; mais plus que tout, l'amour de mes pauvres petits. Un seul coup d'œil sur ces chéris qui semblent médire: Mère, vivez pour nous ! agit comme le ressort qui fait tout mouvoir ; et cependant, ce n'est pas encore là le plus grand ressort! »

L'archevêque de Baltimore et les supérieurs ecclésiastiques de la communauté de Saint-Joseph apportaient à l'examen des constitutions qu'ils allaient lui présenter les sages délais qui conviennent à la prudence. Sur plusieurs points, la nécessité s'imposait de modifier les règles données par saint Vincent aux Filles de la Charité. Ces changements , quelque désir qu'on eût de les restreindre, donnaient lieu à un travail considérable. Les principales difli-

cultes qu'onyrencontraitnaissaient de la situation même des Sœurs séparées de la maison^ mère , dépourvues des appuis qu'on eût trouvés en pays catholique, et appelées à exercer leur mission dans un pays protestant , où l'exercice public de la religion qu'elles professaient était encore interdit il y avait peu d'années.

L'éducation des jeunes filles nées au sein des familles riches n'était point entrée, on l'a vu, dans le plan général de saint Vincent de Paul, hormis les cas de nécessité ; et encore est-ce à peine s'il en a parlé. Son silence est facile à exphquer. A l'époque où il avait fondé son institut, la France était largement pourvue des ressources qui convenaient à l'éducation des classes aisées; il n'avait donc pas eu à s'en inquiéter. D'autre part, les libéralités faites aux diverses congrégations des Filles de la Charité leur ayant épargné, dès l'origine, la nécessité de gagner leur vie par le travail, elles avaient toujours pu s'appliquer dans une liberté parfaite aux œuvres de la charité la plus désintéressée. La situation était bien différente en pays protestant, aux États-Unis. Aussi les supérieurs de la communauté estimèrent-ils , comme une condition essentielle de son existence, qu'elle pût s'occuper des jeunes filles riches, tout en se consacrant à élever les enfants pauvres. Ils pensèrent très-sagement que, tandis qu'ils se

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