CHAPITRE XVill
permetlaient de modifier les règles de la Compagnie sur ce point particulier, ils se conformaient, même en celte apparente transgression , à l'esprit de charité dont s'était toujours inspiré le saint fondateur. Les œuvres si diverses de saint Vincent de Paul n'ont jamais connu d'autre objet que la gloire de Dieu et la charité envers le prochain. Or existait-il un meilleur moyen de servir les intérêts de la religion et de la société en Amérique , que d'assurer à une classe influente les bienfaits d'une éducation solide, d'une éducation religieuse?
L'archevêque de Baltimore et son conseil désiraient que la mère Seton fût conservée à la tète de la communauté. Ceci demandait encore un règlement spécial. Elizabeth, eu effet, mère et tutrice de cinq enfants, qui tous réclamaient les soins de la vigilance maternelle, ne se trouvait pas dans les conditions que la règle exige des veuves qui entrent dans la Compagnie. Or, aux yeux d'Ehzabeth, aux yeux de la veuve de WiUiam-Magee Seton, après ses devoirs envers Dieu , ses devoirs envers ses enfants passaient avant tous les autres devoirs. Pour elle, rien qui ne s'éclairât aux vives lumières de la foi : veiller sur ses orphelins, travailler à, assurer leur salut éternel, était bien le premier attrait, le premier besoin de son cœur ; mais c'était surtout son devoir, II. 4
et le plus pressant, le plus Indiqué, le plus dans sa voie. C'est pourquoi, jamais elle n'eût accepté rien qui eût pu la détourner de ce soin suprême. Sa surveillance active , ses efforts continuels pouvaient seuls réussir à préserver ses enfants des influences protestantes. Le moyen lui resterait-il de veiller sur eux d'un esprit aussi attentif, si de nouveaux et plus étroits liens l'engageaient envers la communauté? A cet égard, le doute était possible, et l'extrême délicatesse de sa conscience s'en alarmait. « Vous savez , mon père très-vénéré , écrivait-elle à M. Carroll, vous savez tout ce qui s'est passé , à partir du moment qu'a commencé mon union à cette maison , jusqu'à ce moment présent : les tentations , les épreuves, etc. etc. J'apporte tout maintenant aux pieds de notre adoré Seigneur, et je remets entre vos mains, à vous, comme à son représentant , le soin de décider de ce que je deviendrai.
« Les règles qui nous sont proposées sont presque les mêmes que celles que nous avons dans le manuscrit original des Sœurs de France. Je n'ai jamais eu une seule pensée qui fût en désaccord avec ces règles; je suis prête à les observer autant que mes pauvres forces pourront me le permettre. Les constitutions proposées ont été examinées par notre révérend