‹ Elizabeth SetonChapitre 54 sur 185 · CHAPITRE XVII l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII l

sûre et véritable voie qui conduit à celte longue , longue éternité que nous avons là devant nous. Ayons seulement du courage, et nous marcherons vers le ciel avec la vitesse d'un bon coursier, au lieu de ramper et de nous traîner dans le chemin. Tout ce que je puis dire, c'est que notre Maître est trop bon pour nous s'il nous donne à finir notre vie comme il a voulu passer la sienne, sans une place où reposer sa tête. L'eau me vient à la bouche , vraiment, quand je pense qu'il m'accordera peut-être cette faveur ! Mais que tout soit fait dans l'ordre de sa providence , ne demandant rien, ne refusant rien! Béni soit, mille et mille fois, son nom saint et bien-aimé. »

Ainsi nulle épreuve ne le déconcertait, ce cœur de noire Elizabeth, fixé vraiment, et comme enraciné dans la volonté de Dieu. Tout lui était aimable et bon , puisque tout lui venait du Maître aimant, du Maître aimé, qui voulait, à cette heure, son perfectionnement; et plus tard, et toujours, son salut éternel. Mais si éprise qu'elle fût de la divine volonté, elle ne s'abusait point sur les suites qu'aurait pour elle l'événement dont elle était menacée. Dans l'obscurité de son avenir, elle entrevoyait ce qui avait fait le repos et la sécurité de sa vie s'écroulant tout à la fois pour la laisser dénuée et seule. Allait- elle retourner au monde qu'elle

lU ELIZABETH SETON

avait cru fuir à jamais? Qu'irait- elle y faire, elle et ses enfants? Où trouver appui? Où rattacher le fil brisé des tentatives abandonnées ? Les protecteurs naturels de ses cinq orphelins jouissaient à la fois de considération, d'influence dans leur pays , et des biens de la fortune; mais ils la repoussaient d'un commun accord. Depuis le jour de sa conversion , elle l'avait éprouvé en toute rencontre. Vers l'époque dont nous nous occupons : « Ils parlent de moi, disait-elle, comme d'une hypocrite, d'une fausse dévote, d'une sirène, la peste de la société. » Il est vrai qu'elle ajoutait aussitôt: « Pour une âme dont l'unique désir serait de ressembler à Celui qui fut méprisé et rejeté des hommes, tout ceci est comme une musique pleine d'harmonie. »

Toutefois , quand la nature reprenait le dessus, quand la grâce était moins sensible, cet abandon de tous les siens, outre ce qu'il avait de cruel à son cœur, changeait en angoisses ses prévisions maternelles. Elle éprouvait alors ce que pèsent « les croix de prévoyance inquiète ; tout y est amer , tout y est noir ; tout y est sans ressource, parce qu'on les voit au delà de l'ordre de Dieu % » et par une sorte d'infidéhté, dont même les parfaits se défendent à grand'peine.

1 Féueloa, Divers Sentiments et Avis chrétiens.

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