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CHAPITRE XIX

AU R. P. BABAD

« Saisi un moment entre l'angoisse et la souffrance , à côté de ce lit qu'elle ne quitte plus ; pendant qu'un peu plus loin, au chœur, des voix virginales , — quarante à cinquante voix, — font entendre les litanies de notre divine Mère. — Mon Père , je vous en supplie, implorez-le, pour qu'il ne rejette pas le cœur humble et brisé; brisé de se trouver en état de résistance, perverse, obstinée, sans cesse renaissante, à Sa divine volonté. La paix d'un esprit mortifié, sa ferme possession de luimême est maintenant mon exercice quotidien. Priez pour qu'un cœur généreux, n'aspirant qu'en haut, me soit donné... Je vous le répète, vous ne savez pas toute ma misère. 0 mon Père, élevez vos mains sacrées, élevez-les pour nous ! »

A M'"° ELIZA SADLER

U février 1812.

« Il est bien vrai , la chère , la délicieuse , la parfaite enfant de mon cœur, est sur le point de son départ. Toute la semaine passée , elle n'a cessé d'être sur le qui-vive, s'attendant à

chaque crise de toux que ce serait la dernière crise , et cela avec une paix, une résignation, un contentement d'âme!... Elle ne souffre pas qu'on versa une seule larme auprès d'elle. Elle a toujours quelque chose de consolant à dire à chacun. Elle dit à ses compagnes qui viennent en grand nombre, tantôt l'une, tantôt l'autre, autour de son lit : « Voyez pourtant comme on peut vite mourir ! Songez à ce que vous voudriez être, si vous vous trouviez sur ce lit de mort, là, comme moi. » Quand elle parle avec sa pauvre mère , c'est pour faire quelquefois des projets : ce Si je devais vivre, dit-elle, trèschère maman... » puis vient le reste, et quand elle a achevé, ellefmit toujours en disant qu'elle n'est pas seulement résignée, mais heureuse de partir avant d'avoir à traverser les dangers et les épreuves des années qui semblaient être devant elle. Dans la dernière des crises qu'elle a eues, la sueur froide, la respiration étouffée, une souffrance pareille à celle de l'agonie, semblaient annoncer sa fin prochaine. Elle souffrait d'une telle douleur aux yeux, qu'elle ne pouvait plus les fixer. « Je ne puis plus te regarder, mon cher crucifix, dit-elle; mais j'entre en agonie avec mon Sauveur. Je bois mon calice avec lui. Mon Maître adorable, que votre volonté soit faite ; votre volonté toute seule. Je la veux aussi. Je quitte ma chère, m.a bien-

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