‹ Elizabeth SetonChapitre 62 sur 185 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

aimée mère, parce que vous le voulez,... ma chère mère... ! »

« Pauvre mère ! direz-vous , Eliza , et pourtant heureuse mère ! Vous le comprendrez pour moi, chère amie. La voir recevant les derniers sacrements avec les sentiments que j'en ai moi-même; voir son âme, pure et précieuse, aspirer de toutes ses forces vers le ciel ; penser à son innocence, à cette pureté de vie extraordinaire, dont je pourrais vous donner des exemples ravissants: tout cela s'unit à mes réflexions sur ce triste monde pour réduire au silence la pauvre nature. j>

Le dimanche qui précéda sa mort, Anna, inspirée par ce courage surnaturel que donne la foi, voulut qu'on amenât près d'elle toutes les élèves du pensionnat , afin que la vue de sa beauté flétrie et de son corps prêt à « redevenir poussière » leur fût une leçon saisissante du néant de la vie. On les fit entrer successivement; d'abord les enfants qui avaient fait leur première communion , puis celles qui se préparaient à la faire , puis enfin celles qui composaient, dans la pieuse association dont nous avons parlé, ce qu'on appelait la dizaine (l'Anna.

A mesure qu'elles se présentaient , la malade leur parlait de la manière la plus émouvante :

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« Mes chères amies , approchez ; regardez bien votre pauvre Anna; voyez où elle en est réduite; elle qui était, il y a quelques semaines à peine, aussi gaie, aussi animée, aussi heureuse que vous... Regardez -moi maintenant entre les bras de la mort. Voyez cette maigreur et ce pâle visage ; il faut que je parte pour l'éternité. » — Le son de sa voix , sourd et voilé depuis sa maladie, semblait sortir des profondeurs de sa poitrine, et ajoutait une étrange solennité à chacune de ses paroles. « La mort, continua-t-elle , a déjà commencé son travail. » Ici, elle écarta le fichu autour de son cou, pour montrer à ses compagnes les traces qu'avait laissées la maladie. « Voyez ce corps , que j'aimais à habiller et à parer si bien ! Qu'est-ce que de lui maintenant? Regardez ces mains : le ver du tombeau trouvera là une maigre pâture. Qu'est-ce que la beauté? qu'est-ce que la vie? Rien ! rien ! Oh ! aimez Dieu , et servez - le avec fidélité. Soyez bien pieuses... Priez pour moi. D

Plus elle approchait de sa dernière heure, plus elle se montrait absorbée en Dieu. Ses délices étaient encore d'entendre chanter à côté d'elle les cantiques qu'elle avait aimés, ou d'en réciter elle-même les passages les plus propres à raviver sa ferveur. « L'éternité! l'éternilé! s'écriait-elle souvent: éternité de joie

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