CHAPITRE XIX
dans le petit cimetière de la forêt, à côté des tombes de Henriette et de Cecilia. Ses compagnes, vêtues de blanc, suivaient le cercueil. Elizabeth le suivait aussi, plus seml)lable, dirent ceux qui la virent alors, à l'image de la Douleur qu'à une créature vivante. L'excès de la souffrance avait tari la source de ses larmes, et elle ne prononçait pas une parole. Elle voulut demeurer sur le bord de la fosse ouverte , jusqu'à ce lugubre moment où la terre commence à tomber, et la fosse à se remplir. Après, comme elle s'en revenait à Saint- Joseph, on la vit qui regardait le ciel, et on l'entendit qui disait lentement cette seule parole : « Mon Père, que votre volonté soit faite. »
Quelques jours plus tard, elle écrivait à la même amie : « Le départ de mon ange a laissé dans mon âme une impression si nouvelle pour moi et si profonde, que, si je n'étais pas obligée de vivre en ces chers petits qui me restent , je mourrais en elle, sans le vouloir. Certainement , sans le vouloir ; car jamais , par un acte libre de ma volonté, je ne consentirais à regretter l'accomplissement de la volonté de Dieu. »
Le 3 mai suivant, c'était le jour anniversaire de la naissance de son Anna, Sa douleur semble plus découragée ; elle s'attendrit davantage sur elle-même : « Le souvenir de ma pauvre
chérie s'empare maintenant de moi à chaque moment. Sa modestie, sa grâce incomparable en tout ce qu'elle faisait ou disait ; son air quand elle relevait tout à coup ses yeux baissés et qu'elle faisait rayonner véritablement toute son âme jusqu'au fond de mon âme, — et c'était là souvent sa seule manière d'exprimer ce qu'elle pensait et ce qu'elle désirait; — je suis si heureuse maintenant de n'avoir jamais eu à contredire un seul de ses désirs! — ses sentiments si purs, ses façons de juger si sages, si raisonnables ; la netteté , l'ordre qu'elle avait dans tous les petits objets qui lui appartenaient; son ingénieuse adresse à réunir l'élégance et l'économie dans sa mise, unie et si simple; toutes ces choses qui faisaient le bonheur de sa pauvre mère , sont maintenant la source intarissable de ses regrets et de son admiration : il me semble que jamais je ne verrai rien qui puisse se comparer à elle... Pauvre mère! pauvre mère! laissez-la s'épancher avec vous, Eliza.
« Si vous l'aviez vue au moment où j'étais à genoux, cherchant à réchauffer ses pieds glacés,... — ils ont été glacés près d'un jour ou deux jours avant... — elle vit que je pleurais, et ne pouvant me cacher qu'elle pleurait aussi, tout en me souriant en même temps , elle me fit encore la question qu'elle m'avait si souvent adressée : « Se pourrait -il que vous pleuriez