CHAPITRE XIX
surmoi?...Ne devriez- vous pas vous réjouir'?... Ce ne sera que pour un moment ; et après, nous serons réunies pour l'éternité. L'éternité, l'iieureuse éternité avec ma mère! quelle pensée! »... Ce furent là ses dernières paroles. Et jusqu'à sa dernière agonie, quand ses lèvres tremblantes pouvaient à peine articuler un seul mot, comme elle sentit une de mes larmes qui venait de tomber sur son visage, elle me sourit encore et elle me dit avec grand effort : « Souriezmoi..., maman..., Jésus. »... Avec un intervalle entre chacun de ses mots , car déjà elle ne pouvait plus prononcer deux mots de suite. . . Oh ! le dernier regard de ses yeux ! comme si elle avait vu par delà les nuages. . . , et ces chères mains qu'elle avait jointes et qu'elle a toujours gardées ainsi!... La chère Sœur qui l'a habillée dans sa robe blanche a voulu couper ses manches pour la laisser, pour ne pas la déranger , dans cette position. . . Il ne faut pas que la pauvre mère en dise davantage. Priez seulement pour que la force lui soit donnée.
« Vous me croirez , si vous m'entendez disant de toute mon âme : Que votre volonté soit faite!... L'éternité, c'était le mot de prédilection d'Anna. Je le trouve écrit sur tout ce qui lui appartenait, sur ses livres, sur ses cahiers, sa musique ; sur les murs de sa petite chambre, partout ce mot-là.
(( Que me voulez-vous donner de plus que vos myrtes et vos jasmins, pour orner l'enclos qui renferme les précieuses tombes de nos trois • chéries? Les enfants les ont couvertes de violettes ; elles les ont jonchées de toutes les fleurs du printemps qui croissent autour d'ici ; le lis de notre vallée s'y trouve en abondance. Maintenant, elles sont tellement familières avec la mort , qu'elles ont marqué ma place à côté de Nina '. Tous les jours, elles y apportent quelques rosiers, quelques arbustes ou une nouvelle fleur. Kitty - vient quelquefois m'embrasser avec transport, et elle me dit: « N'est-ce pas, maman, que nous serons bien heureuses quand nous serons là? »
Le supérieur de la communauté , M. Dubois , pendant la maladie d'Anna, lui avait prodigué les consolations de son dévouement et de son ministère. Il se trouvait près d'elle à ses derniers moments. Quand il l'eut aidée à mourir, et qu'il l'eut accompagnée à la demeure de son repos , il reporta toute sa sollicitude sur la désolée Ehzabeth. Elle en avait grandement besoin. Pendant longtemps, il lui sembla, tant la blessure de son cœur était profonde, que
1 Nina, diminutif d'Anna.
2 Kitty, diminutif de Catherine.