CHAPITRE XX I7S
LETTRE AUX ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES d'iRLANDË «
« Nous tenons au Souverain Pontife, comme les membres tiennent à la tête ; et si tous les membres, selon la doctrine de saint Paul, compatissent à toutes les douleurs du moindre d'entre eux, combien plus les souffrances du chef même qui les gouverne doivent-elles produire dans tous les membres une sensation douloureuse! Nous pleurons avec vous, vénérables frères, et nous nous indignons dans le Seigneur. Avec vous, nous déclarons exécrable l'attentat qui chasse un vieillard de la maison de ses pères, persécute et afflige un évêque sans reproche, dépouille de son patrimoine l'Église mère et maîtresse, abreuve d'outrages un pontife qui n'a fait que du bien. Nous déclarons en même temps, devant Dieu , que nous recevrons avec un humble respect les avis de notre saint Père, quoique détenu en captivité; et que ses désirs, comme ses ordres, nous trou-
1 Nous avons emprunté à la Vie du cardinal de Cheverus, — déjà citée, — la traduction en français de cette lettre,, qui fut écrite en latin. Dans I original , elle commence en ces termes: Summo Poniifici, vehit memhra capiti, adhœremus et subjicimur : cum auiem , ut ex S. Paulo habemus , si putitur unum membrum, compatiuntur omnia membra..
veront toujours dociles. Toutefois, nous ne nous regarderons comme liés par les lettres qu'on nous donnera comme venant de lui, qu'autant qu'il nous sera bien constaté qu'il les a faites en pleine et parfaite liberté ; et s'il vient à mourir, ce dont Dieu nous préserve au milieu de si grands périls de l'Église, nous ne reconnaîtrons point celui que la violence et la terreur auraient mis à sa place sur la chaire de saint Pierre; nous ne nous soumettrons qu'à celui que la plus grande partie des évêques de l'univers et presque tout le peuple catholique aura reconnu pour incontestable successeur de saint Pierre. »
Les alarmes de l'Église des États-Unis firent place à une joie immense lorsqu'elle apprit les événements qui changèrent la face de l'Europe et amenèrent la délivrance de Pie VII. Elle fit chanter des Te Deum, elle fit illuminer ses édifices , elle fêta l'ère réparatrice qui allait voir le retour du Souverain Pontife dans la ville sainte, le rétablissement de la Compagnie de Jésus, la restauration de la hiérarchie ecclésiastique, la reprise des relations entre Rome et toutes les Églises du monde chrétien ' . L'his-
1 Le 25 mai 1814, le Pape fit soa entrée à Rome. Le 7 août suivant, il rétablit la Compagnie de Jésus.