‹ Elle est folleChapitre 23 sur 48 · TOI.LACK · texte numérisé non relu

TOI.LACK

C'est clair !...

l.ADY ANNA.

Aux courses, à Hide-Park... au spectacle... toujours!... toujours cette figure était... là... la première... devant nous !... Pour fuir cette persécution, mon mari nous emmène à tdimbouq;... le soir même sir Henri se trouvait sur notre passajije!... Nous partons pour Naples... il y était déjà !... C'était notre ombre, notre mauvais ange, auquel nous ne pouvions plus échapper... Moi-tnéme alors, je l'avtMie , j'éprouvais à sa vue un trouble, un embarras qui redoublaient l'impatience et la rage de sirllarleigb... (IMoinentdesilence.)Un soir... ce souvenir ne me quittera jamais... nousdevioiis aller nous promener au Pausilippe... j'étais un peu souffrante... je desirai rester... Nelly voulut me tenir compagnie , et mon mari partit seul. Il faisait une de ces nuits calmes et douces (pie l'on ne voit qu'à Naples; Nelly s'était endormie, et moi, j'étais descendue au jardin pour respirer cet air délicieux et prêter l'oreille aux chants des gondoliers... lorsqu'au détour d'une allée j'aperçois ce malheureux jeune homme !

YOLLACK.

Je l'attendais.

LADY ANNA

J'ignore ce qu'il médit, tant j'étais effrayée... j'entendais des mots sans suite : « Votre mari " absent. — Ecoutez-moi , de grâce. De vous « seule dépendent mon bonheur, ma vie. » Il allait continuer, un bruit léger dans le feuillage me fit prendre la fuite, et me renfermer dans mon appartement! iMon mari revint au point du jour... Il me demanda des nouvelles de notre soirée... et, dans la crainte d'exciter sa colère, je ne lui parlai pas de cette étrange apparition... Pour la première fois, il me parut sombre, mécontent... sa démarche était brusque... ses paroles amères... Enfin il s'approcha de moi : « Etes-vous prête à partir? me dit-il. — Partir! m'écriai-je ; aujourd'hui ? — A l'instant! — Pour aller où ? — Vous le saurez ! — IMais pourquoi ? — Je le veux. » — Une heure après, nous étions en mer, et quelques jours après dans notre hôtel , à Londres.

YOLLACK, souriant.

A Londres... oii le jeune homme reparut bientôt ?

LADY ANNA , lentement et baissant la t<5tc.

Non ! il ne reparut pins... jamais !

YOLLACK.

O ciel !

LADY ANNA, émue.

Je ne pus in'em|)êcher d'en témoigner mon étonnement à sir IIarli;ij;h... C'est alors (ju'a- ])rès (pjel<|uc hésitation il m'apprit <jue sir Henri... était mort.

nQji

YOLLACK.

Mort!...

LADY ANNA

La nuit même de notre départ île Naples.

YOLLACK.

S'étaient-ils donc battus?

LADY ANNA

Je l'ai toujours pensé !... j'étais tremblante... une larme de pitié s'échappa de mes yeux; et j'allais lui demander des détails, lorsqu'un éclat de rire, subit, convulsif, parti tout près de moi, vint me glacer... ("était mon mari ; ses traits étaient déconqiosés, ses lèvres pâles... Jugez de mon effroi! Déjà, depuis notre retour, j'avais cru m'apercevoir (jue sa raison... j'avais toujours voulu douter de mon malheur... mais cette fois il n'y avait plus moyen, et ce rire terrible fut le signal de mon supplice de chaque jour. Mettez-vous à ma place, mon ami; une pauvre jeune femme sans force, sans expérience, qui avait placé sa vie entière, son avenir, dans l'époux de son choix, et qui se voit contrainte de devenir elle-même l'appui, le guide, de celui dont elle attendait secours et protection; qui ne reçoit même plus, pour prix de ses veilles, de ses souffrances, ce sourire, ce regard de tendresse qui paie tous les sacrifices!... (Lui prenant la main et d'une voix entrecoupée.) Car c'est encore là un de mes tourments!...

Air : C'était Renaud de Montuuban.

Je sais qu'il m'aime, et c'est dans ces instants,

Moi qu'il repousse , qu'il évite!...

11 semble , liélas !.., que m.i voix dans ses sens l'orte le trouble... et mou aspect l'irrite !... ( Avec amc. )

Ah ! je croyais que le ciel en retour

De sa raison qu'il a ravie.

Et pour m'aider à supporter la vie.

Devait lui laisser son amour!

Devait au moins lui laisser sou amour.

Mais non... il me fuit, il me méconnaît!... il y a encore là un mystère qui me tue... Que vous dirai-je enfin? je ne pouvais plus y tenir; quand quelqu'un s'approchait de lui , je tremblais; s'il faisait un pas , j'épiais son regard, je suivais ses mouvements, je ne vivais plus... C'est alors que je m'échappai avec lui, décidée à m'ensevelir dans un désert; à lui dévouer mes soins, ma vie, mon amour... (Fondant en larmes.) Voiis savez le reste, mon ami, et vous pouvez juger si je suis malheureuse!

YOLLACK, ému , et après un silence.

Oh! que je vous respecte, que je vous admire!... eh! quelle destinée!... (Réfléchissant. ) Mais quelle est la cause de sa folie ? la mort île ce jeune homme? Un duel?... on ne devient pas fou pour cela !... il y a autre chose que nous ignorons... et qu'il faut que je découvre à tout prix!... car c'est là qu'est notre salut.

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