ACTE H, SCÈNE X
iiAni,Ki(;ii.
M'a-l-elle jamais pnric ilc; re rendez-vous fatal !
LADY ANNA
CommiTit ?
HARLEIGH
A la nouvelle de sa mort, n'a-t-elle pas versé des larmes !... ne le pleiire-t-^lle pas encore aujouid'hui (levant moi !... Je l'ai vue !
LADT A>>A, éperdue.
O mon Dieu ! ...
UAFILEIOH, avec un mouvement de fureur.
Et vinfjt fois, quand elle est près de moi, ne suis-je pas tente, pour venger mes tourments !...
LADY ANNA , avec un cii (itouffé et se courbant involoiilairenieiit.
Ah ! qu'il me tue, mais qu'il ne doute pas de moi !
nARLEKJH , la voyant et avec un sourire douloureux. Tu as peur pour elle !... enfant que tu es, ne sais-tu pas que je l'aime plus que ma vie... même à présent !... n'est-ce pas ma femme !... mon premier, mon seul amour ! Elle peut m'oublier, elle... me délaisser ! moi, il faut que je l'aime ; c'est ma destinée. Il faut qu'on la respecte , qu'on l'honore ; car elle porte mon nom : aussi je me tais. A elle la joie, le bonheur... à moi la souffrance et les larmes !
( Il retombe sur une cbaise , les yeux fixés à terre.)
LADY ANNA , accablée et avec désespoir. Ah! c'est maintenant que je connais tout mon malheur, et je n'y survivrai pas ! (Elle est à ses pîeds , et couvre sa main de ses larmes.) HARLEIGH, se réveillant comme d'un songe. Qu'as-tu , Nelly ? ta main tremble.
LADT ANNA, la tête baissée et d'une voix étouffée.
Je veux vous parler d'elle.
HARLElGn.
Toi!
LADY ANNA, de même.
Vous la croyez coupable... elle ne le fut jamais.
HARLEIGH , vivement.
Jamais !
LADT ANN.\. , avec douceur et tendresse.
Qu'importent des preuves mensongères !... J'en atteste votre cœur, le sien... cet amour chaste et pur qu'elle eut toujours pour vous. HARLEIGH , détournant la tête.
Tais-toi... tais-toi !
LADY ANNA
Cette solliritude de tous les instants , cette crainte de troubler votre repos, qui seule peut-être a donne à son silence l'apparence d'une faute...
HARLEIGH, de même.
Nelly!...
LADT ANNA, plus vivement et s'approcbant de lui.
Cela suffit-il pour la bannir de votrccœur!... et si elle venait à vous, forte de son amour, de son itmocence... et qu'avec cet accent, re
regard dont vous ne doutiez pas autrefois... elle vous dit : « Harlei.;;h , je suis toujours difjne « de toi... je le jure... je n'ai jamais ehéii <[ue " toi !... mais pour te le prouver, je n'ai que «ma parole... veux- tu l'en rapporter à ton « Anna ?» (avec'tendresse. ) lui résisteriez-vous?
HARLEI(;H , très a(;ité.
Lui résister!... je ne le pourrais pas... je la croirais...
LADY ANNA, avec joie.
Eh bien ?...
HARLEIGH, continuant.
Mais je me mépriserais... voilà pourquoi je ne veux pas lui pailer... je connais trop son pouvoir ! Elle est toujours présente à ma pensée... toujours ! ettiens, Nelly , dans ce moment même, ta voix... c'est la sienne que j'entends. LADT ANNA, se rapprochant encore.
Eh bien?...]
HARLEIGH.
Tes yeux... ton regard...
LADY ANNA , avec espoir.
Eh bien?...
HARLEIGH, l'envisageant et frappé.
Ah !... je la verrai donc toujours... partout!
LADY' ANNA , voulant l'arrêter.
Harleigh !...
HARLEIGH , s'enfuyant.
Laissez-moi... laissez-moi!
( Il rentre chez lui brusquement.)