‹ EllenChapitre 26 sur 34 · LA CONQUETE DE 1»AHIS · texte numérisé non relu

LA CONQUETE DE 1»AHIS

z'études (le moi el ze les ventlerai coume du pain. Je me renversais un peu en arrière pour contempler cet homme admirable :

— Mon cher Cantho, vous ôtes plus Parisien ({ue moi et vous avez tout à m'apprendre. Vous avez sans doute déjà choisi votre salle d'exposition. Puis-je savoir où je serai convié à admirer vos toiles et celles de vos amis? Vous êtes, vous le savez, le seul, à mon avis, qui ayez compris et bien rendu Venise, son atmosphère de nacre humide et les gris iutlnimont doux et changeants des vieux dômes de marbre sur les ciels de l'Adriatique... Vous exposerez où ?

— Mais çèz Douraud-Ruel ou çez Zeorzes Petit.

— A merveille, vous avez du flair. Le loyer est un peu chaud, mais la publicité y est tout installée.

— Oh ! la poublizité, interrompait (Cantho, z'aurai oun zcandale, z'il le faut. Z'ai oune maîtreze très zalouse qui tirera oun coup de pistolet zour moi, zi z'est nézézaire. Ze l'ai ammenée eçprès avec moi d'Italie.

— Ah ! vous l'avez amenée?

— Oui, Zinah est capable de tout, za ne dépend que de moi.

— Mes compliments, cest une Vénitienne ?

— Prezque, elle est de Vérone, le pays dou grand Paolo; des çeveux couleur de couivre, oun front a zinq pointes et çalouze comme oun tigre.

— Tigresse, faisais-je en rétablissant le français du peintre, et elle était avant d'être Mme Cantho?

â58 ELLEN

— Modèle, déclarait emphatiquement le Vénitien. Ze l'ai connoue dans l'atelier d'oun ami, mais ce l'ai connoue vierze. Zamais z'avant moi, par la Madona, ze le zoure, zamais aucun homme! Elle ze dénoudait bien pour les zautres, maiz elle ne z'est dézhabillée que pour moi.

J'appréciais la délicatesse de la restriction.

— Et jolie, cette Zinah?

Et j'allumais une troisième cigarette.

— Admirable, vous la verrez çez moi. Oune Vénus Anadyomène, mais bien plous oune femme dou Tintoret que dou Véronèze. Elle est frottée de ' roze partout, dans les bonz endroits, avec des petits frisons d'or qui zalloument de zi de là. Zi ç'avais

à la peindre, ah! ze crois qu'il m'en faudrait dou vermillon et dou zaune de chrome zoure ma palette. Oun vrai coucer de zoleil sourie Lido, que la noudité de Zinah !

— Et cette nudité-là n'a jamais tenté votre pinceau, Cantho?

— Oh ! moi, ze ne m'attaque pas au nou, ze ne fais que le payzaçe.

— Et c'est peut-être un tort, entre nous. Un joli modèle est chose rare, et la nudité d'une maîtresse a fait ici la fortune de plus d'un peintre. On est très friand de morceaux de nu à Paris.

Nous n'en dîmes pas plus ce jour-là ; nous nous étions attardés à bavarder. Il était près de dix heures, et Cantho, qui n'avait pas prévenu sa maîtresse, avait hâte de rentrer auprès délie. Zinah

Page 1