‹ Eloge de Blaise PascalChapitre 4 sur 7 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Pascal, juge compétent de la valeur des sciences humaines, était parvenu à cette autre extrémité delà carrière, celle où arrivent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir , trouvent qu'ils ne savent rien , et se rencontrent dans cette ignorance d'où ils it aient partis , mais ignorance savante qui se connaît ( i ). Là il observe et regarde avec pitié ceux qui , ayant abandonné la première extrémité , qui est l'ignorance naturelle, et ne pouvant arriver jusqu'à l'autre , ont

i ■■ ■ ihns

cr* qui suit , soi iir<:s lextuellen

uw>: foi£ pour toutes , afin d'éviter h moltiplicitd âa i

48 Eloge

/quelque teinture de cette science suffisante , et font es entendus. Fatigué de l'inutilité pour le bonheur de l'homme , de toutes ces sciences où le cœur ne trouve point ce qu'il cherche; renvoyé, repoussé, en quelque sorte, de toutes les parties de l'univers, et ramené vers cet être mystérieux qui semble y présenter une énigme inexplicable; qui, par ses agitations et ses continuels écarts , paraît être la seule partie du tout, qui ne soit pas à sa place; qui se voit à la fois et le plus noble et le plus misérable de tous les êtres qu'il connaît dans le monde , et offre au sein de la nature le plus grand des problèmes à résoudre : frappé, dis-je , de cet étrange phénomène, Pascal dirige dèslors toute son attention sur l'homme ; ses regards pénétrans se replient sur lui-même, et il va observer la nature humaine dans toutes ses conditions.

Déjà il a conçu dans son entier cette vaste composition. Mais, ô perte ! ô regrets ! il n'a pu nous laisser que quelques fragmens de cett^docte et mâle peinture, et la Providence a brisé les pinceaux qui les ont tracés. Si la langue, dans ses plus beaux efforts, n'a pu retrouver après lui les mêmes couleurs , comment oserai-je, d'un crayon timide, rattacher entre elles ces savantes ébauches? Voilà les membres épars du grand homme : où est la main digne de les rassembler ? Mais, crainte superflue , vaine terreur : qu'importe ici notre ouvrage ? L'orateur s'évanouit sous la grandeur de son sujet. Oui, mettons quelque confiance dans un travail couvert par l'éclat de sa matière. Quelque faible que puisse être mon esquisse , comment resterait-elle sans intérêt? Il est du moins un mérite qui ne peut lui manquer : elle le puisera dans les sublimes beautés du tableau dont elle répétera quelques traits , et dans le reflet de cette vive lumière dont elle aura conservé quelque empreinte.

Pascal reporte d'abord et promène sa vue sur l'immensité de la nature : il cherche le rang qu'occupe

— . — l'homme

d-e Pascal. 4q

l'homme dans le système universel des êtres. La première chose qui s'offre à l'homme qui se regarde , c'est son corps. Mais cette portion de matière qui lui est propre, quelle place tient-elle dans la vaste enceinte des mondes? Allons mesurer l'étendue de l'infini qui s'ouvre à nos regards: qui nous montrera les bornes de l'Univers ? Notre imagination va braver la puissance créatrice de la nature; elle s'élance au-delà de tout ce qu'on lui laisse entrevoir. O aveugle confiance dans ses forces ! El le a beau enfler ses conceptions , elle n'enfante que des atomes au prix de la réalité des choses. Etre présomptueux , reviens sur tes pas, ramène ta vue sur toi-même; vois ce que tu es, égaré dans cette infinité qui t'éblouit. Mais, que sera-ce donc, si l'homme descend maintenant du coté du néant, au travers de ces corpuscules qui décroissent toujours ? Qui lui donnera des instrumens pour pénétrer dans ces nouvelles profondeurs, des sens pour apercevoir cette nouvelle espèce d'infini, une intelligence pour concevoir ces mondes sans fin, contenus dans un point qui lui échappe ? Qu'il revienne encore une fois à lui-même: Qu'est-il donc et qui pourra le comprendre ? Suspendu entre les deux abîmes du néant et de l'infini, il est un néant à l'égard de l'un , un tout à l'égard de l'autre , un milieu entre tout et rien , également et infiniment éloigné des deux extrêmes.

Telle est encore sa pensée dans l'ordre des choses intelligibles : elle y occupe le même degré que son corps dans la nature étendue ; elle ne peut qu'entrevoir une sortede milieu en toutes choses, également incapable d'en connaître le principe et la fin.

Que l'homme essaye donc d'abandonner ce miiic u d'où il part; bientôt il s'offusque, il chancelle <t tombe. Il n'aperçoit rien d'extrême : la lumière, le bruit , la distance, le froid, le chaud . rien ne pi ut agir convenablement sur lui sans se rap< tisser,

5o Eloge

se resserrer sur son étroite capacité ; sa frêle existence ne peut comporter qu'une certaine mesure de sensations , qu'une médiocre quantité d'efforts que circonscrivent encore l'âge , le sexe , le tempérament , la maladie, la saison, les heures du jour; son esprit ne peut supporter qu'une certaine symétrie qui soulage sa faiblesse, qu'un certain degré de perfection minutieusement calculé ; il ne peut marcher qu armé de règles et de préceptes, témoins perpétuels de son impuissance et instrumens peu capables d'y suppléer , qui 1 égarent plus souvent qu'ils ne le dirigent (a).

L'homme trouve donc sur ce point même où il s'agite sans cesse, les bornes de toutes ses puissances; tout porte témoignage autour de lui des limites de ses facultés. Mais s'il est incapable de tout connaître, il l'est aussi de tout ignorer : il a reçu le don de l'intelligence et le principe actif de la curiosité; il entre une certaine mesure de connaissances dans sa condition. Quels moyens a-t-il de se juger lui-même, de reconnaître sa place dans le grand tout , d'apprendre sa destination et de marcher à sa fin? Pascal jette un coupd'œil sur les facultés intellectuelles et morales de l'homme , et ce coup - d'œil est encore celui du génie ( b ).

Il juge l'homme d'un regard. Il voit qu'en toutes choses il se détermine par conviction ou par l'amour du plaisir, par le raisonnement ou par le sentiment : il voit que les vérités, comme les erreurs, passent toujours par l'une de ces deux portes de l'ame ; que les seuls moyens d'agir d'homme à homme et d'obtenir l'assentiment d'autrui, sont d'éclairer ou d'émouvoir, de persuader ou d'entraîner, d'enchaîner l'attention ou de captiver le cœur. Voilà bien tout ce que l'on connaît là-dessus, voilà tout l'art de déterminer les puissances morales de l'homme. Mais si l'homme a la j raison qui l'instruit, les passions sont là pour l'égarer; si son esprit est disposé à cédera la force des preuves*

lame préoccupée de ce qui flatte ses désirs, se ménage souvent des intelligences secrètes dans le tribunal de la raison , et fait pencher la balance de son côté.

Dans l'état ordinaire de l'a me, un fait évidemment démontré, ou un raisonnement rigoureusement déduit entraine invinciblement la persuasion. De même, si la raison se tait en présence des objets de nos désirs, nous allonsau-devant de la nouveauté, nous lui tendons les bras. Noire empressement ne peut qu'augmenter encore, si la preuve et l'agrément se montrent à la fois. Mais lorsque le raisonnement d'une part, et le plaisir de l'autre, se disputent notre aveu , que deviendra la vérité dans ce moment de (rise? Hélas î l'issue du combat peut-elle être douteuse ? La raison attaquée est déjà vaincue, à moins d'un rare prodige de vertu. Et cependant nous prétendons ne céder en tout , qu'au jugement de l'esprit; c'est condamner intérieurement l'impulsion du cœur, c'est lui reconnaître une sorte de bassesse et d'indignité , puisque c'est désavouer sa puissance : mensonge de l'orgueil, qui rend hommage à la justice.

Tel est l'homme marchant à la découverte de la vérité.

La nature lui montre les matériaux primitifs des connaissances : il existe encore des principes premiers qui se sentent, mais qui ne se démontrent pas. Le sens commun ou la lumière naturelle, n'est autre chose que la perception et l'aveu deces principes. La raison doit s'appuyer sur ces vérités fondamentales d'intelligence et de sentiment ; il serait absurde quelle cherchât une base plus assurée ( r).

Quelles sont mainlenant les preuves qui déterminent l'esprit .' Elles sont de deux aorte* : les unes se tirent du témoignage des hommes, et les autres du raisonnement. L'autorité humaine n'a defoieeque pour établirou attester les faits ; elle est nulle pour les conséquences qu'il en faut tirer. Ne pensez point qu'en

&z Eloge

admettant des bornes à l'autorité des anciens dans les objets de raisonnement, Pascal contredise ce système de réserve et de prudence touchant les opinions reçues, que nous avons développé ailleurs; il y met au contraire le sceau de la perfection . et il répond victorieusement à ceux qui prétendraient voir en lui le défenseur de la routine et du préjugé (d).

Pascal distingue trois choses dans l'étude de la vérité : la découverle de la vérité qu'on cherche, la démonstration de celle que l'on connaît , et la distinction du vrai d'avec le faux , laquelle rentre dans les deux premiers points. Il déclare ne vouloir pas s'occuper de la méthode d'invention ; lui qui pourrait tracer en maître le chemin des découvertes, il se borne modestement à renvoyer à ceux qui l'ont recherché avant lui. Mais quoi ?ne l'a-t-ilpâs montrée lui-même , celte route, en la parcourant avec tant d'assurance , et n'y a-t-il pas répandu la lueur brillante de son esprit ? Pascal s'en tient donc à convertir en doctrine l'art d'exposer la vérité.

Il fait d'abord connaître une méthode érriinente et accomplie , où les hommes ne peuvent arriver (e). Mais si cette méthode parfaite n'est pas à notre «sage, il en est une qui peut la remplacer, c'est la méthode des Géomètres. Celle-ci diffère de l'autre, en ce qu'elle ne peut ni tout définir, ni tout prouver ; différence qui ne lui ôte rien de sa certitude, puisque la nature vient au secours delà méthode. Il est des objets dont la nature nous donne elle-même une notion si claire, que vouloir les définir, c'est y jeter l'obscurité; tels sont l'espace , le temps , le nombre et le mouvement {f). Et c'est ici l'une des sources de tant de débats inutiles, qui n'ont fait qu'amonceler les nuages dans les obscures régions de la philosophie.

Pascal s'arrête un instant en passant sur les propriétés du mouvement , de l'espace et des nombres , qui ne sont pas seulement le fondement de la Géomé-

DE P A S C A r.. 53

trie, mais qui comprennent tout l'Univers; il en discerne avec unebaute intelligence les divers rapports, et nous y montre un grand exemple de cette double infinité qui , en toute cbose , trouble et accable la raison.

Revenant à la méthode qu'il nous propose , il la ramène à ces deux règles fondamentales , définir e* prouver: méthode que nous voyons caractériser plus tard l'écolede Leibnitzet deJWoiff, comme celle de Locke , et en faire à la fois le mérite et la gloire. La simplicité parait niaise et puérile aux yeux de la suffisance et du demi-savoir ; mais Pascal se moque des logiciens qui, pensant avoir adopté ces règles, prt tendent n'y rien voir de nouveau.

Ici, son esprit supérieur s élève comme un'ai^le audessus de la philosophie ténébreuse de l'école ; il témoigne tout le mépris qu'il a pour cet. art de déraisonner avec tant d'appareil, dont il voit d'un coup-d'œil la vanité , les vices et le danger.

L'art de persuader , dit Pascal , consiste autant en celui d'agréer qu'en celui de convaincre; il y a des règles aussi certaines pour plaire que pour démontrer; mais les mo}*ens en sont bien plus difficiles, plus admirables et d'un usage bien plus étendu. Il signale les causes de cette difficulté qu'il met au grand jour: mais tout-à-coup il s'arrête et se prononce incapable de réussir dans cette partie de l'art. Eh ! quel autre que lui pourrait donc l'espérer ? Toutefois, s'il porte ici la même réserve que sur les voies qui mènent à la vérité, il nous laisse aussi le méiue dédommagement : il nous refuse les préceptes , mais il nous offre les modèles ; et nous avons admire jusqu'à quel point il a déployé le talent d'intéresser dans les sujets qui paraissaient les moins propres à supporter les grâces du lang

Pascal ne se borne pas aux moyens de communiquer la Vérité; il examine encore la trempe des esprits

54 Eloge

destinés à la recevoir. La variété infinie des différentes sortes d'esprit, que la nature a mises parmi les hommes, peut se ramener à deux principales. Il est un esprit dt force et de justesse qui, s'attachantà unecer* taine classe de principes bien déterminés et bien connus, en poursuit les conséquences par un raisonnement progressif et d'un pas ferme et assuré , à la manière des Géomètres : c'est l'esprit droit. Il est un esprit de pénétration vive et prompte, qui démêle sur-lechamp les rapports les plus déliés, les nuances les plus variées et les plus nombreuses ; sa vue nette et juste aperçoit tout sans discussion et sans raisonnement : c'est l'esprit fin.

Le premier esprit se trompe quand il veut appliquer sa manière aux choses délicates qui exigent une sagacité aussi prompte que le coup-d'œil. Le moment de l'observation et celui du jugement sont déjà passés, qu'à peine a-t-il préparé son attention ; il dispose et dresse ses appareils pour envisager méthodiquement un objet qui est déjà bien loin de lui. L'esprit fin , au contraire , se perd dès qu'il faut raisonner avec ordre sui des choses inaccoutumées, qui n'annoncent d'abora que de la sécheresse : ne voyant rien encore dans les principes, ni même dans les premières conséquences , il se rebute et laisse là une étude lente et pénible, qui ne fournit aucun aliment à ses rapides conceptions, et ne promet aucun charme dans son exercice.

Peut-être venons-nous de surprendre sous la plume de Pascal, le secret de cette force unique et prodigieuse d'intelligence et de pénétration qui le distingue. S'il nous étonne par l'excellence de son génie, n'estce point parce qu'il réunit lui seul les deux éminentes perfections de l'esprit, qu'il caractérise si bien ?

Il poursuit ses observations. On se rend facilement aux raisons qu'on a découvertes soi-même. Notre jugement n'a ni fermeté, ni stabiliié ; il varie selon des circonstances qui n'y devraient rien faire. Celui

de Pascal 55

que nous portons sur les choses qu'on nous montre, se détermine presque toujours par les accessoires qur les accompagnent , par la manière dont on les présente ( i ). Le sentiment peut se gâter comme l'esprit. Le cœur ne veut pas être conduit par des argumens: il y a pour lui une autre logique; il faut lui montrer sans cesse le but.

Voilà riiomme intellectuel : passons au tableau de l'homme moral. Nous ne pouvons que reproduire avec rapidité les traits les plus saillans de l'un et de l'autre <g ).

Lhomrne n'est quun roseau , le plus faible de la nature, mais c est un roseau pensant. Nous pouvons ^'perdre séparément chacun de nos membres ou plu- .y sieurs à la fois, sans cesser d'être; c'est la pensée qui fait l'être de l'homme, et sans elle on ne peut le con- •voir; c'est encore elle qui fait toute sa dignité (h). i|Jl n'est pas nécessaire que l'Univers s'ébranle pour r , l'écraser :une goutte d'eau suffit. Mais quand l'Univers l'accablerait de toute sa masse, l'homme serait encore plus noble que toutes les causes de sa ruine, puisqu'il voit sa mort et la connaît : et V avantage que l'Univers a sur lui, FUnivers n'en sait rien. Quelle n'est pas en effet la grandeur de l'homme , puisqu'il est capable de faire le bien ? C'est par la pensée qu'il connaît le bien et qu'il peut le choisir: travaillons do/ic à bien penser , voilà le principe de toute la morale.

Je pourrais n avoir pas ete , mine suppositions me le prouvent; je ne suis donc pas un être nécessaire; mais mon existence démontre celle d'un être nécessaire; il y a donc un Dieu. Je vois son nom écrit en caractères éclatans sur tout ce qui m'environne: toutes les merveilles delà nature me l'annoncent. Mais ('est

(i) « Nous ne pouvons plus reconnaître , dit Buffon , i i » rieur influe sur oof jugeraens même Les plus grav< bel les plus réfléchis....

» 11 n'y a pas jusqu'aux 1: . jjjiure «jui n'influL-n» sur

m jugement. » ( !L'*t. nul. Je ( ' ' .

56 Eloge

sur-tout dans l'homme façonné à son image, c'est sur l'auguste front de l'être pensant , que nous pouvons reconnaître quelques traits de la grandeur suprême ; c'est là sur-tout qu'il faut les chercher (zf). S'il existe un Créateur, le premier devoir de la créature raisonnable est de l'adorer et de l'aimer, et elle doit avoir dans son cœur le principe de cet amour ; c'est donc dans les mouvemens de son ame que l'homme trouvera le moyen de s'élever jusqu'à la Divinité.

C'est en vain que les miracles de la toute-puissance et de la sagesse éternelle se multiplient autour de l'homme dont le cœur est fermé : tous ces prodiges sont muets pour lui ; son aveuglement est la juste peine de son ingratitude. La loi de Dieu est une loi d'amour; il a voulu faire entrer sa lumière du cœur dans l'esprit, et conduire l'homme à la vérité par la charité. Voilà ce qui confond la raison humaine , ce qui trouble l'orgueil dans ses prétentions, ce qui égare les esprits superbes qui veulent connaître pour aimer: Dieu veut la soumission avant tout, et ce n'est qu'à l'humble docilité qu'il réserve les clartés de sa science.

Mais la raison seule ne peut-elle pas s'éclairer làdessus ? Dieu peut-il exister, si sa nature même renferme une évidente contradiction ? Comment l'infini peut-il être sans parties? Je veux vous faire voir, dit Pascal , une chose infinie et indivisible : c'est un point se mouvant par-tout d'une vitesse infinie. Cet exemple d'un effet naturel , qui paraissait d'abord impossible, démontre combien l'homme devient téméraire lorsqu'il assigne à la possibilité , les bornes de sa propre intelligence (k).

A u moins il n'est donc pas démon tré impossible qu'il y ait un Dieu ; car si cela pouvait se prouver sans réplique , on n'en disputerait plus. Or, cette possibilité entraine celle d'une vie future, et de-là la grande importance que doit trouver l'homme à s'éclaircir sur

de Pascal 57

un point d'où dépend dès-lors toute la règle de sa vie (/).

Pour faire connaître aux hommes tout l'intérêt qu'ils doivent mettre à cette recherche, Pascal n'interpelle que leur raison naturelle ; il leur demande seulement de se comporter en ceci comme dans toutes les circonstances douteuses de la vie ( 1 ) Il met en balance un atome et l'infini: tous les biens de la vie sensuelle d'une part, et de l'autre cette éternité formidable qui s'avance ; et, par l'énergie de ses raisonnemens, il porte l'épouvante et la terreur au milieu des glaces de l'indifférence , clans lame de ces hommes du monde qui, endormis au bruit des affaires ou dans les bras d'une honteuse et lâche volupté, ne se sont jamais interrogés une seule lois sur leur destinée.

Je ne sais ce que je suis , ni d'où je viens , ni où je vais; l'infini me presse de toutes parts , il m'accable , il me dévore : je suis un souille, une ombre qui se montre et disparait; je n'ai de certain que cette mort qui fond sur moi. Voilà ma situation, voilà les ténèbres qui m'environnent! Et de tout cela je conclus que je n'y dois pas songer, ou plutôt que je dois précisément faire tout ce qui peut me conduire à un malheur éternel; je ne veux sur ces choses ni éclaircissement, ni secours, ni lumières; je veux rester clans mes doutes et marcher en aveugle jusqu'au bord de l'abime (2) ; je me glorifie même de mon incertitude , j'en tire un sujet de vanité et de joie !

En vérité , s'écrie ici Pascal . n 'est-il pas honorable à la Religion, d'avoir pour ennemis des hommes si déraisonnables ? Mais ce funeste repos a quelque chose

(1) Pascal fait ici une application ingénieuse et juste de rot art donl il est l'inventeur, d'estimer la probabilité d'une chance incertaine, etde m<

le degiv de force qui doit influer, «;n pareil eas , mii nos détermina'

(2) « fia courent lanssonoi dans Le précipice . après avoir m » chose devant leurs yeux pour s'empêcher de le voir , et Us n

ceux qui les en avertissent. » (Ptnséesde 2V cal,

58 Eloge

d'extraordinaire , il est monstrueux. Comment tant de sang froid pour les choses les plus terribles, peutil se trouver dans une ame qu'ébranlent si fort les plus légers intérêts ? Cest un enchantement incompréhensible , et un assoupissement surnaturel. Cet aveuglement remarquable ne serait-il point l'une des plus fortes preuves d'un renversement survenu dans la nature humaine ?

Si l'homme porte dans son ame quelque instinct et quelque amour de la vérité, ne doit-il aucune attention à ces grands objets ? Et qu'est-ce que la raison de l'homme, s'il ne s'en sert nullement pour arriver à la connaissance de sa fin ? C'est principalement aux hommes de sens, qui cherchent sincèrement la vérité, que Pascal adresse le secours de ses réflexions. Ne refusons pas de les écouter, et marchons avec lui au-devant de cette lumière qu'il nous intéresse si fort d'acquérir (m).

S'il est un Dieu, nous lui devons un hommage ; nous lui devons encore l'accomplissement de la loi qu'il aura lui-même manifestée à ses créatures ; et la Religion devient alors la philosophie par excellence, ou plutôt l'unique philosophie, comme les plus savans person nages de l'an tiquité ont eu la sagesse de le croire. Mais dans cette multitude de croyances et de pratiques , comment distinguer la vérité d'avec l'erreur ? Comment discerner la Religion véritable parmi toutes celles qui prétendent à ce titre sacré? Pascal la reconnaît , cette Religion , à un seul trait caractéristique , et ce signe décisif ne peut être contesté : ce sera celle qui aura le mieux connu l'homme , qui aura expliqué tout entier ce grand mystère de l'ordre moral. Allons donc étudier l'homme de plus près; fouillons dans tout l'intérieur de son être , et montrons-le à découvert dans toute la vérité de sa nature actuelle.

L'homme est composé de deux substances. Il possède une ame immortelle ; car ceux qui en doutent

de Pascal. 59

ou qui le nient, n'ont d'autre raison de leur dénégation ou de leur incertitude, que la difficulté de comprendre ce que c'est qu'un esprit; mais il est bien plus difficile de concevoir que la matière se connaisse ellemême , que d'imaginer un être à part qui la connaisse. Le mode d'union de ces deux substances passe l'intelligence de l'homme : doit-il s'en étonner, s'il ne comprend pas mieux ni l'une ni l'autre de ces substances envisagées séparément ?

Si l'homme ne veut puiser de lumière et de force qu'en lui-même, il devient incompréhensible à ses propres yeux, il se perd dans sa faiblesse: alors tout est nuage autour de lui , et rien ne remplit ses vœux. Il désire la vérité, et ne rencontre que ténèbres: il cherche le bonheur , et ne trouve que sa misère : le bien et le vrai, la certitude et la félicité le fuient également.

Et d'abord , où trouvera-t-il la vérité ? Dans les objets à sa portée ? Chaque chose lui montre deux faces. Dans les sciences et la nature ? Elles sont infinies. Et comment fixer un point dans l'infini ( 1 ) ? On parle de principes: en est-il d'invariables ? Ne les recevons-nous pas tout faits des mains de l'éducation et de la coutume ? Sont-ils autre chose que les équivoques enfans du préjugé et de l'opinion, ces souverains , ou plutôt , ces tyrans du monde ? La coutume, dit-on, efface la nature: mais, qu'est-ce qu'une ~ TKihire qui peut être effacée ?

L'homme veut-il la vérité ? Non : il est tourmenté d'un désir vague de la trouver : niais on dirait qu'il ne la cherche pas sérieusement. C'est un aliment à son insatiable curiosité qu'il lui faut. Il veut des scènes : le dénouement le laisse dans le vide ; l'intérêt (

(1) Tout est li»: , dit P.isc.-il , tout se tient dani 1» nature. Comment U partie peut-elle laitir le tout ? Comment connaître une partie huis le tout , îl Le tout saj iei oui le oomnosent ?

tout sans tes partiel qui le eomposent

60 Éloge

dès que la toile s'ébranle pour tomber. La vérité ne Tattache que quand elle naît de la dispute ; c'est le combat qui lui plaît , que lui importe la victoire ? Nous ne cherchons jamais les choses, maïs la recherche des choses.

Du moins, s'il y avait une vérité pour l'homme, et que l'homme voulût la trouver, en aurait-il les moyens? S'il est trop jeune ou trop vieux, il juge mal. La maladie ne lui ferme pas seulement les voies de l'étude, elle lui ôte encore la science qu'il peut avoir. L'imagination l'exalte et le trouble; le charme de la nouveauté le séduit , ou l'habitude l'entraîne ; l'intérêt privé corrompt le jugement. L'opinion dénature les principes : mesure d'autant plus fausse de la valeur des choses , qu'elle est quelquefois juste; car elle serait règle infaillible de vérité , si elle Vêtait infaillible de mensonge. Quelques circonstances, un léger incident, une robe rouge, un bonnet entraînent toutes les forces de notre ame : il faudrait avoir une raison bien épurée, pour regarder comme un autre homme le Grand-Seigneur dans son superbe sérail, environné de quarante mille janissaires. Et certes , nous nous offusquons à moins : il n'est pas besoin de l'appareil des armes, du fracas de l'artillerie; le bruit d'une poulie arrête le jugement de l'homme le plus ferme, le bourdonnement d'un insecte l'empêche de raisonner juste. Si vous voulez qu*il puisse trouver la vérité , chassez cet animal qui tient sa raison en échec et trouble cette puissante intelligence qui gouverne les villes et les royaumes.

L'homme peut-il attendre la vérité de la part de ses semblables ? La duplicité préside à toute notre conduite; nous sommes pleins d'iniquités, puisque nous voudrions abuser l'Univers sur notre compte, et que nous avons une si grande répugnance à nous montrer tels que nous sommes. Nous ne trompons pas seulement les autres sur nous, mais sur eux-mêmes; trans-

DE P A S C A L. Gl

formant par bassesse leurs défauts en vertus , notre criminelle complaisance nous rend les auteurs du mal qu'ils font. Le poison d'une lâche adulation endort les puissans et les- grands de la terre d'un somme H funeste, et les plonge dans une affreuse sécurité. 1! ne faut pasconfondre la soumission aux: lois et le respect envers l'autorité , premières obligations de l'homme civil , avec l'imposture et l'avilissement.

Qu'est-ce que la justice ? S'il y en avait une, elle aurait frappé tous les peuples de sa lumière, et nous ne serions pas réduits à nous informer de ce qu'on a prononcé chez nos voisins ou dans Un autre hémisphère. La justice est ce qui règne, la mode en dicte les lois. Le juste et l'injuste changent avec le climat- Trois degrés d^ élévation dans le pôle renversent toute la jurisprudence ; un méridien décide delà vérité. Celui-ci place la justice dans l'autorité du législateur; celui-là, dans la commodité du prince; un troisième j dans la coutume. L'équité n'est autre chose que ce qui est établi. Ce chien est àmoi , disaient ces pauvres enjans ; c'est là ma place au soleil : voilà le cojnmencement et V image de V usurpation de toute la terre.

Qu'est-ce qui réglera les bases de la morale , comme la perspective assigne le point d'où il faut voir un tableau , comme la vue du port règle ceux qui sont sur un navire? Sera-ce la raison de l'homme ? Mais de ce que les hommes emploient les mêmes termes, il ne faut pas conclure qu'ils aient les mêmes idées* Comment la raison des hommes serait-elle uniforme et constante, si celle d'un homme Varie du matin au soir ? S'il est des causes capables de l'obsrurrir ou de l'éteindre , comment compter sur sa force, dans léfl grandes circonstances , pour apurer le bonheur de l'humanité ? Quelle est, après tout, cette haut»' puissance qui succombe «à la moindre piqûre, qui trébuche et perd tout équilibre à la vue d'un vil insecte (/i)?

62 Eloge

Qui pourrait suivre Pascal dans cette foule d'aperçus nouveaux, dans cette multitude de vues profondes sur le caprice , la vanité, la réputation , la fortune , les opinions du peuple ; sur les divers rapports de l'ordre social, sur les lois , la politique et les gou~ vernemens?D'où il faut conclure aveclui que l'homme, livré à sa faiblesse, est un sujet plein d'erreurs, que tout le trompe , la raison comme les sens ; qu'il n'est lui r même que déguisement , hypocrisie et mensonge; qu'il ne veut de la vérité ni. pour lui, ni pour les autres.

Voyons du moins si l'homme est plus habile à trouver le bien que lé vrai , s'il est plus fait pour le bonheur que pour la vérité , si son cœur l'égaré moins que sa raison.

Puisque l'homme passe sa vie à chercher le bonheur, c'est bien une preuve qu'il n'en jouit pas. Quelle est la cause de cette agitation perpétuelle qui nous tourmente ? Une inquiétude secrète nous ronge ; nous embrassons avec ardeur tout ce qui peut nous arracher à notre propre vue, et nous délivrer du spectacle de notre condition. Un roi qui se voit , est un homme plein de misères et qui les ressent comme un autre ( o ). Nous n'existons point dans le présent , toujours dans l'avenir ou le passé : nous ne vivons jamais , mais nous espérons de vivre» Tous se plaignent , depuis la naissance du monde ! hommes de tout pays , de tout sexe, de tout âge, de tout rang ; ils ont demandé le bonheur à toute la nature et à toutes les choses possibles , et personne n'est détrompé sur la vanité de tant de recherches (p). Nous poursuivons le repos dans l'agitation , nous nous donnons du tourment pour avoir du plaisir : ô triste condition de l'homme ! le plaisir n'existe pour lui que par le sentiment de la douleur ; il. ne juge les biens que par la connaissance des maux ; rien n'a de valeur pour lui qu'à la suite du besoin.

de Pascal. 63

Le désir d'être heureux est le motif de toutes les actions humaines , même chez les suicides. Objets déplorables ! spectacle affreux , que celui de certaines voies par où l'homme cherche quelquefois son bonheur ! Tous comprennent le vrai bien ? mais personne ne le trouve. Quel est donc ce bien qui n'existe nulle part ? Quelle est cette immensité de désirs d'un être aussi chétifque l'homme? Comment un cœur qui trouve la satiété par-tout , est-il pourtant insatiable? Qui a mis cet infini dans un néant ? Philosophes et sages de la terre ? dénouez ces diiïicultés ! trouvez , dans l'ordre général , en vertu de quelles lois peuvent s'expliquer ces étonnantes aberrations de l'homme , qui paraissent en contradiction avec toutes les harmonies de la nature.

L'homme ne sait à quel rang se mettre ; il est visiblement égaré et sent en lui les restes d'un état heureux dont il est déchu , et quil ne peut retrouver. Il le cherche par-tout avec inquiétude et sans succès dans des ténèbres impénétrables. Disons encore que l'homme , perdant de vue sa destinée , a oublié son état passager sur cette terre qui engloutit tous les jours son semblable à ses propres yeux ( i ) ; et le malheureux n'en agit pas moins , au milieu des ossemens de ses pères , de ses proches et de ses amis , comme s'il était arrivé ; il s'obstine à chercher sur un point de sa route , ce qu'il ne doit trouver qu'au terme de son voyage: cl cette grande méprise donne à la plupart de ses actions les couleurs de la démence.

(i) «< Qu'on imagine , dit Pascal , un nombre d'hommes dans tachai*

nés et tons condamnés à U mort , dont les nus étant chaque jour éf

à la vue des autres . cein cjui restent, voient leur propre condition dans

celle d» leurs -i-mblables , et attendent leur tour : c'est l'image de U condition des hommes. »

El ailleurs : <• le dernier acte Ml toujours sanglant , quelque belle que soit la comédie en tout 1« reate. Un jelt» eniin de U terrv sur la ttlt* , «t ea voi.là pour jamais. »

64 Éloge

Achevons de crayonner cette image naturelle de l'homme ; ajoutons-y les derniers traits.

Peut-être l'homme se redouterait-il moins luimême , s'il ne voyait en lui que les seules traces de sa grandeur tombée , et un état de misère indépendant de toute dépravation actuelle; mais il y trouve encore le spectacle révoltant de cette perversité qui est l'une des suites de sa chute ( i ). Ah ! ne prouvent-ils pas tout à la fois et la misère de l'homme et les vices de sa nature , ces soins pénibles que coûte son éducation physique , et cette vigilance assidue qu'exige son institution morale ? Ne démontrent-elles pas trop bien sa pente au mal , cette nécessité de l'entretenir sans cesse de ses devoirs, cette multiplicité de livres de morale et de philosophie faits pour l'y ramener , et l'impuissance de la Religion elle-même pour soutenir le plus grand nombre? Il faut une autorité forte aux hommes rassemblés , pour qu'ils ne serchangent pas en bêtes féroces ; et, sous le gouvernement le plus ferme , il faut des légions toujours armées pour protéger l'homme contre lui-même ; il faut des échafauds pour l'effrayer , et des bourreaux qui trempent leurs mains d

ans son sang : . . .

Mais l'homme n'est-il que misérable? C'est l'être sans doute beaucoup, que de savoir qu'il l'est ; mais c'est être bien grand , que de connaître sa propre infirmité. Ainsi, les misères même de l'homme sont la preuve de sa grandeur : ce sorijt misères de grand Seigneur , misères d'un Roi détrôné. L'orgueil de l'homme est un sentiment dépravé d'une noble origine. Ceux qui méprisent le plus l'homme en le rabaissant au niveau de la brute, se mentent à eux-

(i) Cette dépravation héréditaire est sensible dans les enfans , chez qui Von remarque en général, un goût naturel de destruction , un penchant marqué à la révolte , une extrême facilité à saisir tout ce qui est mal , une opposition expresse à tout ce qui est bien.

mêmes ;

mêmes; la nature, plus forte que leurs raisonnemens, Jes persuade bien mieux delà grandeur cle l'homme, que la raison ne leur démontre sa bassesse ((/ ).

Les philosophes n'ont pu s'entendre sur la nature de l'homme : ceux-ci n'ont remarqué que son abaissement et ont méconnu sa dignité ; ceux-là n'ont vu que sa grandeur et ont oublié sa misère. De-là l'imperfection de leurs doctrines et l'insuffisance ou les dangers de leur morale, qui, pour tout fruit , n'ont produit et ne pouvaient produire qu'un dogmatisme insensé, ou un pyrrhonisme absurde; l'orgueil de l'esprit , ou la paresse de l'aine ; une impie et vaine présomption , ou le désespoir de l'athéisme. Les deux états de l'homme devaient être considérés ensemble , ear ils se concluent l'un de l'autre, et c'est ce qu'il fallait apereevoir. Si L'homme avait toujours été dépravé, il n'aurait aucun sentiment de la vérité : et s'il n'était pas déehu, il posséderait le bien et le vrai dans toute leur plénitude.

C'est ainsi que Pascal, par la seule force de son génie, remonte à l'état primitif de l'homme, et démontre cette grande et première faute qui a corrompu l'humanité dans sa source et attaché au berceau du monde le premier (anneau cle cette longue chaîne de calamités, étendue sur les générations É et qui pèsera encore du même poids sur le dernier des enfante des hommes. Mystère terrible, inconcevable sans doute ! Mais , dit Pascal , l'homme sans ce Mystère devient lui-même un autre mystère bien plus incompréhensible. Des - lors la Religion chrétienne est prouvée dans toutes St s parties. Elle seule explique les contrariétés de l'homme : elle seule frappe d'un jour éclatant cet étrange chaos de la nature humaine, où tous les philosophes se sont perdus. La véritable religion ♦ St celle qui montre notre vraie condition , notre

■ 66 Éloge

vraie vertu , notre vrai bien ; qui connaît toute la grandeur de l'homme et toute son abjection, et lui indique la source de l'une et de l'autre; qui sonde toutes les plaies de l'humanité, qui sah compter tous nos maux , et sur-tout nous en procurer le remède. Une religion toute populaire ne peut convenir auxesprits élevés; unereligion toute métaphysique ne peut servir au peuple. La Religion chrétienne seule s'adresse admirablement à tous; elle ne laisse pas un homme sans secours ou sans consolation ; ses richesses sont inépuisables, ses trésors sont infinis; il n'est pas une vertu qu'elle n'épure et qu'elle ne soutienne, pas une infirmité qu'elle ne puisse guérir. La sagesse de la terre n'a pu détruire nos faiblesses , nos travers et nos vices les uns par les autres : l'orgueil et la bassesse se combattent, mais ne s'allient pas; le dogmatisme et le doute s'excluent, mais ne se tempèrent pas : la Religion seule chasse les uns et les autres par la simplicité de l'Evangile; c'est dans son humilité même que le Chrétien s'élève le plus, puisque c'est par elle qu'il s'unit à Dieu.

Est-il \me religion, une école de philosophie, qui ait prêché cette vertu nouvelle de l'humilité chrétienne, d'oùnait tant de grandeur et tant d'héroïsme? En est-il une qui ait soupçonné cette loi touchante de charité , ce précepte de l'amour de Dieu , loi ineffable dans ses profondeurs, sublime résumé de tout le Christianisme, qui suffirait pour en établir la vérité. Au milieu de tous ces systèmes de philosophie les plus admirés, qui tous ont un côté faible, la Religion des Chrétiens apporte seule à chaque théorie ce qui lui manque, et donne le complément de toutes les doctrines. Sa perfection , qui répond à tout , offre le sceau irrécusable de la Divinité.

Pascal les met à découvert, ces traits remarquables

Page 1