‹ Éloge de BuffonChapitre 3 sur 18 · NARCISSE MICHAUT. V · texte numérisé non relu

NARCISSE MICHAUT. V

Jusqu'à la fin, il professa, et ses élèves ne se séparèrent de lui pour ainsi dire qu'au lit de mort. La conférence Stanislas, où se réunissent à Nancy les jeunes gens qui ne dédaignent point les choses de V esprit, ne comptait point de confrère plus précieux. Il s'y faisait porter chaque semaine, et savait, à propos de toute lecture, intéresser ou même divertir son auditoire. Il écrivait en même temps ses thèses pour le doctorat es lettres; il les soutint au mois d'août i8']6, devant notre Faculté, avec un talent de parole qu'eût bien accueilli la Sorbonne. Nous espérions alors que l'institution nouvelle des maîtres de conférences nous l'attacherait de plus près. Mais ses dernières forces étaient épuisées. La paralysie gagnait par degré tout le système musculaire. Aucune angoisse ne lui fut épargnée. Cette belle intelligence veilla, sans fléchir, jusqu'à l'heure suprême. Il put mesurer l'approche de la mort et pleurer sur sa propre agonie. Il voulut, avant d'entrer dans ce grand mystère, goûter encore une fois les espérances religieuses de sa première jeunesse. Depuis quelques jours, l'usage de la parole lui était devenu difficile. Enfin le jeu de la poitrine s'arrêta : alors seulement il fut délivré de la vie.

Michaut avait écrit, pour la Conférence de littérature dont je parlais plus haut, un grand nombre d'études, et entre autres plusieurs essais à propos de Perrault, de ses contes et de leurs sources légendaires, qui devaient aboutir à un travail considérable sur cet écrivain, l'un des plus originaux de notre xvii^ siècle. Ce livre était même achevé; le manuscrit en a été vu par plusieurs personnes. Malheureusement, jusqu'à présent sa famille n'a pu le retrouver. Les pages suivantes, que je détache de ces différentes esquisses, laissent toutefois entrevoir le talent et l'esprit qu'il a dû mettre dans cette œuvre plus approfondie dont nous regrettons la perte.

a Je voudrais démontrer ici que les fées sont le dernier vestige de l'ancienne religion de la Gaule qui s* est conservée après la

Page 1